Portrait
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Soulé DIAWARA, Directeur de publication

Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Cette histoire, c’est d’abord celle d’Ashok Vaswani. Né en 1962, cet autodidacte des affaires, animé d’un esprit entreprenant et aventureux ne trouve pas en Inde, encore trop étroite économiquement au début des années quatre-vingt, le pays qui saura le faire grandir. Alors que les jeunes ambitieux de sa génération ne jurent que par l’Afrique. Un pari fou qu’il décide de relever, en 1983, avec quelques dollars en poche.

Il débarque d’abord au Togo où il restera quatre années, avant de poser son baluchon dans le pays où ses affaires deviendront vraiment florissantes : la Guinée. Quatre ans après la mort d’Ahmed Sekou Touré, le premier président de la République populaire de Guinée, le pays est exsangue et tout est à (re)faire pour développer un pays où le sous-sol est aussi riche que ceux qui peuplent la surface sont pauvres. Après une dizaine d’années où Ashok Vaswani s’essaiera au commerce, il décide de passer à la vitesse supérieure à la fin des années quatre-vingt-dix et de se lancer dans le secteur industriel, et la fabrication de biens de consommation courante. Un défi audacieux dans une Guinée où le secteur secondaire, hors extraction minière, est sinistré. En 1999, une première entreprise de production de sachets plastiques, puis une fabrique de bougies, voit le jour.

À partir de ces premiers essais modestes mais fructueux, la diversifi cation des activités d’Ashok Vaswani va s’étendre à une vitesse rapide. Lors de la première décennie 2000, la peinture industrielle, la tuyauterie et les articles ménagers estampillés « Made in Guinea » inondent le marché intérieur. Une situation d’exception dans un pays où la plupart des biens manufacturés sont importés d’Asie.

Après avoir bâti une florissante activité dans le secteur industriel, Ashok Vaswani, amoureux de la Guinée et de ses habitants, se lance dans une nouvelle aventure : développer les infrastructures agricoles du pays. Il investit massivement dans la création de périmètres agricoles pour accroître la production vivrière.

Conscient que le premier capital d’un pays africain est la jeunesse et le dynamisme de sa population, il se lance également dans des oeuvres philanthropiques d’assistance à de jeunes créateurs d`entreprises guinéens.

Vingt-cinq ans après avoir posé ses valises à Conakry, le parcours d’Ashok Vaswani, Indien de nationalité mais Guinéen de coeur, fait de lui un des meilleurs exemples de self-made-man à l’africaine. Ayant commencé avec un modeste pécule, chichement accumulé en Inde, il a bâti un empire qui emploie aujourd’hui 2 000 personnes en Guinée. Une performance qui en fait ni plus ni moins que le premier employeur privé du pays après les mines et la fonction publique.