EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Pétrole, Angola, Chine
Le syndicat de l`ombre   
Frédéric Laurent      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Grand dossier Chine

Depuis 2004, les importations de pétrole depuis l’Angola vers la Chine dépendent du bon vouloir d’une organisation opaque basée à Hong Kong. Selon certaines estimations, ce puissant syndicat aurait engrangé plusieurs dizaines de milliards de dollars grâce à sa position d’intermédiaire exclusif entre le géant asiatique et son principal fournisseur d’or noir.

Les faits et gestes des entreprises chinoises en Afrique font régulièrement l’objet de soupçons plus ou moins fondés. Que ce soit les contrats ressources contre infrastructures signés entre le gouvernement congolais et des entreprises publiques chinoises ou encore les acquisitions de terres arables, les investissements réalisés par l’empire du Milieu sur le sol africain sont systématiquement passés à la loupe par les observateurs locaux et internationaux.

Pourtant, l’un des plus importants protagonistes des relations Chine-Afrique avait, jusqu’à il y a peu de temps, réussi à passer presque inaperçu. Cela est d’autant plus surprenant étant données l’ampleur et la dimension stratégique du trafic couvert par les activités de cet intermédiaire très secret. En effet, cette affaire concerne ni plus ni moins que l’approvisionnement en pétrole de la Chine par l’Angola. Dans une enquête publiée cet été, l’hebdomadaire britannique The Economist
1, s’appuyant sur un rapport du Congrès américain
2, révélait que l’ensemble du commerce du pétrole entre les deux pays dépendait exclusivement d’un syndicat nommé China International Fund (CIF), également connu sous le nom de China Sonangol, ou encore 88 Queensway Group, du nom de l’adresse de son siège social à Hong Kong.

Les ramifications de ce nouvel Angolagate dessinent un scénario complexe et dévoilent une affaire qui n’implique pas seulement l’Angola, mais aussi la Guinée, la République du Congo, la Côte d’Ivoire et le Zimbabwe.



Amitiés sino-africaines

CIF s’est construit sur des liens forgés pendant la guerre froide et doit son existence à un Chinois connu sous le nom de Sam Pa, l’un de ses nombreux pseudonymes. Si l’on en croit un rapport du Sénat américain sur les activités du syndicat, cet homme commerçait déjà avec l’Angola pendant la période de guerre civile, de 1975 à 2000. Sam Pa est une personnalité discrète et son nom n’apparaît que rarement dans la communication officielle de CIF. Il exerce le contrôle sur cette société par l’intermédiaire de connexions familiales et de partenaires chinois haut placés. Depuis quelques années, certains Africains occupant des postes clefs dans l’économie des pays fournisseurs sont devenus à leur tour membres du syndicat.

Les débuts de CIF remontent à 2002. À cette époque, le gouvernement chinois vient de lancer sa fameuse « going out policy », incitant les entrepreneurs chinois à faire croître leurs entreprises sur les marchés internationaux. Après avoir tenté de s’implanter dans divers pays d’Amérique latine, notamment au Venezuela et en Argentine, Sam Pa a réactivé ses connexions angolaises, s’appuyant sur des partenaires précieux, parmi lesquels le Français Pierre Falcone. C’était en 2004. À cette époque, ils parviennent à convaincre certains membres de l’élite angolaise de faire passer leurs exportations de pétrole vers la Chine par l’intermédiaire d’une joint-venture qui prend le nom de China Sonangol. Plus tard, le patron de la Sonan- gol (le géant pétrolier angolais), Manuel Vicente, en devient le président. Signés en 2005, les nouveaux contrats confèrent à China Sonangol le droit d’agir comme partenaire privilégié entre la Sonangol et Sinopec, l’une des majors pétrolières chinoises. Bien que les statistiques officielles soient incomplètes, il apparaît de façon certaine que la quasi-totalité des importations chinoises de pétrole depuis l’Angola (d’une valeur de plus de 20 milliards de dollars en 2010) ont transité par China Sonangol.

Queensway à la conquête de l’Afrique

En 2009, fort de ses succès en Angola, CIF décide d’étendre ses activités à d’autres pays d’Afrique. C’est ainsi que Manuel Vicente s’envole pour la Guinée afin de rencontrer certains représentants du nouveau gouvernement, récemment installé aux commandes suite au coup d’État militaire de décembre 2008. Il par- vient à faire en sorte que China Sonangol soit désigné comme partenaire d’une nouvelle société minière nationale. Cette nouvelle firme devait à la fois gérer les concessions minières existantes et, plus important encore, prendre le contrôle de futurs projets d’extraction. Dans un pays qui renferme non seulement les plus grandes réserves mondiales de bauxite, mais aussi les plus grandes réserves inex- ploitées de minerai de fer de haute qualité, une telle position de monopole représente un potentiel de gains démesuré.

En vertu d’un contrat signé par Manuel Vicente, le syndicat obtient 85 % d’une nouvelle entreprise : la Société africaine de développement. L’État contrôle les 15 % restant. Cette joint-venture obtient dans la foulée les droits exclusifs des nouvelles concessions minières, y compris le droit de négocier des contrats de production pétrolière dans le golfe de Guinée. En échange, la China Sonangol promet d’investir « jusqu’à 7 milliards de dollars » dans la construction de logements, dans les transports et dans les infrastructures publiques. L’échec de la junte suite à la tentative d’assassinat de Moussa Dadis Camara signe la fin de ces accords.

En 2005, CIF semble avoir répliqué sa stratégie angolaise en République du Congo en créant une joint-venture avec la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). Le gouvernement congolais avait préalablement signé deux accords d’exploration offshore et de production avec Sinopec. Ce contrat a fait l’objet d’une plainte de la part de Kensington International auprès de la Haute Cour de justice de Hong Kong. Le cabinet de conseil accusait le syndicat de blanchir les revenus de la vente de pétrole afin de ne pas rembourser ses créanciers, alléguant en outre que les prévenus revendaient du pétrole détourné sur les marchés internationaux. Les accusés, parmi lesquels figurait le fils du président congolais, ont été tenus de payer près de 116 000 dollars d’amende.

Vers la même époque, le Zimbabwe a également attiré l’attention de China Sonangol. Sam Pa aurait personnellement rencontré Happyton Bonyongwe, chef de la Central Intelligence Organisation (CIO), la célèbre police secrète acquise à la cause de Robert Mugabe. Deux de ses partenaires deviennent administrateurs d’une nouvelle société, la Sino Zimbabwe Development Limited, qui reçoit les droits d’extraction de pétrole et de gaz, ainsi que l’accès aux mines d’or, de platine et de chrome du pays. Toujours selon le même principe, cette nouvelle compagnie a promis de construire des chemins de fer, des aéroports et des logements publics : des engagements évalués à 8 milliards de dollars par le gouvernement zimbabwéen.

Corruption organisée

La montée en puissance de CIF soulève de sérieuses interrogations. Premièrement, les modalités selon lesquelles la Chine achète le pétrole de Sonangol en Angola n’ont jamais été rendues publiques. Cependant, plusieurs observateurs affirment que le syndicat paye le pétrole de l’État angolais à un prix fixé en 2005 (environ 55 $) et qu’il le revend à la Chine au prix du marché actuel (environ 100 $). Compte tenu du volume de pétrole vendu à la Chine depuis six ans, le bénéfice de CIF pourrait se monter à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Comme ailleurs en Afrique, le syndicat a promis de construire des infrastructures (logements à bas prix, centrales hydroélectriques, routes et voies ferrées) en échange de son accès privilégié au pétrole. Ces promesses n’ont pas toujours été tenues. Par exemple, la Guinée n’a jamais reçu une centaine d’autocars censés lui être livrés dans les 45 jours suivant la signature du contrat, en 2009. En Angola, certaines lignes de chemins de fer et des logements ont effectivement été construits. Cependant, selon des diplomates occidentaux et des hommes d’affaires chinois, le syndicat a cessé de payer les factures en 2007. Assez rapidement, le gouvernement a pris la relève, comme si de rien n’était, émettant des bons du Trésor d’une valeur de 3,5 milliards de dollars pour financer les projets initialement à la charge de China Sonangol.

Enfin, CIF est accusé d’aider à se maintenir au pouvoir certains dirigeants politiques, prolongeant des conflits violents. En Guinée, il est notamment intervenu pour soutenir la junte alors que le massacre de quelque 150 manifestants au stade du 28 septembre avait déjà eu lieu. Un mois après cet événement, le syndicat signait d’importants contrats de minéraux et transférait dans la foulée 100 millions de dollars au gouvernement ruiné. À l’époque, Bashir Bah, membre de l’opposition, condamnait fermement l’opération, déclarant : « Premièrement c’est immoral, deuxièmement c’est illégal ! ». Sans effets. Même le gouvernement s’était insurgé. Global Witness est parvenu à mettre la main sur un mémo issu du bureau du Premier ministre affirmant que « le Conseil des ministres n’avait pu discuter ou évoquer la question de la création d’une société minière nationale », insistant sur le fait qu’il n’était « pas acceptable qu’une entreprise étrangère puisse devenir actionnaire d’une telle entreprise, car ce serait accorder à cette société la propriété de toute la richesse actuelle et future du pays ».

Comme le démontrent les enquêtes menées par The Economist et le Congrès américain, la structure de l’organisation hongkongaise est tout aussi opaque que ses agissements : « Il n’existe pas de société holding. Dans les rares documents publiés par China International Fund, les mêmes personnes apparaissent en tant qu’administrateurs dans plusieurs sociétés, elles-mêmes détenues par d’autres sociétés enregistrées dans des paradis fiscaux. Pour quelqu’un d’extérieur, savoir qui possède et qui bénéficie des activités du syndicat est impossible à établir ».

Les agissements de CIF entachent lourdement la « going out policy » chinoise. À cause du syndicat, des milliards de dollars destinés à des écoles, des routes et des hôpitaux, ont apparemment engraissé des comptes privés. Plutôt que de combler le manque d’infrastructures en Afrique, les entrepreneurs chinois et les élites gouvernantes africaines semblent conspirer pour mieux la piller.
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Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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