EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Entretien avec Amir Adoudou Artine
La loi du marché régit tout   
Madjiengar Ahmed Taryem et Soulé Diawara      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Dossier BTP et grands travaux au Tchad

Amir Adoudou Artine est un entrepreneur avant-gardiste. Il adevancé les appels du gouvernement pour lancer sa propre affaire et créer des emplois. Entretien avec un Tchadien soucieux de ses affaires, mais aussi du développement de son pays.

P.E. : Présentez-nous Geyser SA et dites-nous quel a été l’impact sur son évolution de la politique de développement des infrastructures lancée par le gouvernement tchadien ?

Amir Artine : Geyser SA a été créée en 1998. Notre métier historique est le forage. Soucieux de notre développement à long terme, nous nous sommes très vite diversifiés et exerçons depuis plus de 10 ans dans les travaux hydrauliques, le génie civil, le terrassement, l’aménagement hydro-agricole et les travaux routiers. Le tournant se situe aux alentours des années 2000-2001, avec le lancement du projet pétrole de Doba. Geyser SA a bénéficié de cette embellie pour se lancer, se structurer et acquérir de l’expérience auprès de ces grands groupes. L’évolution de Geyser, ces dernières années se caractérise par le fait que la société a su saisir les opportunités qui s’offraient à elle. C’est aussi un peu de chance, une bonne dose de performance et surtout beaucoup de travail, une valeur primordiale à mes yeux. Nous nous considérons comme étant des ouvriers au labeur et il est bien connu qu’un ouvrier au labeur doit vivre de sa sueur sans relâche.



P.E. : Vous faites remonter le développement des infrastructures à 2001. Estimez-vous que les entreprises tchadiennes ont tiré le meilleur parti des offres faites. Dans le cas contraire, pour quelles raisons ?

AA. : Précisons les choses. Nous sommes dans le domaine de l’entreprenariat et qui dit entreprenariat dit compétition et compétitivité. Les plus performants ont tiré parti des offres qui ont été faites. C’est la dure loi du marché : celle de la sélection par la compétitivité et l’excellence. Les meilleurs continueront d’exister et de prospérer, les autres disparaîtront. C’est un peu fort de ma part de le dire, mais c’est cela la réalité.

P.E. : Pensez-vous qu’il y a une contradiction entre la promotion d’entreprises tchadiennes (privées ou publiques) et le développement d’un partenariat avec les sociétés étrangères ?

AA. : Vous nous ramenez là dans la seconde moitié du XXe siècle. L’époque à laquelle il y avait encore le mur de Berlin, celle du communisme confronté au capitalisme. Nous vivons aujourd’hui dans un monde globalisé, les seules subdivisions qui existent sont les frontières politiques des États. C’est une exigence pour tout entrepreneur de vivre avec le marché mondialisé. Il n’est pas de la responsabilité des pouvoirs publics de nous donner du capital, du matériel ou de nous aménager des opportunités de partenariat. Il revient à chaque entrepreneur d’ajuster son capital, de faire le choix de ses réseaux. Mais dès que l’on parle de « partage du gâteau », il se posera des problèmes de subjectivité. Pourquoi pas Jacques plutôt que Oumar ? Il faut laisser le marché se réguler.

P.E. : En tant que manager tchadien, pensez-vous particulièrement difficile pour un Tchadien d’entreprendre et de réussir dans son pays ? Ne faut-il pas des incitations et un accompagnement du secteur privé national ?

AA. : Ce qu’il faut souhaiter, c’est l’établissement d’un cadre institutionnel qui assure autant la justice que la sécurité des affaires pour tous. Si je comprends votre question, vous voudriez l’instauration d’une discrimination positive, autrement dit prendre par la main ceux qui n’y arrivent pas pour les porter au niveau de ceux qui ont réussi. Dans ce cas-là, vous biaisez la libre concurrence et la loi du marché.

P.E. : Je comprends votre attachement au libre marché, mais il me semble que le rôle de l’État, surtout dans un pays émergent comme le Tchad, est de permettre l’éclosion d’unités de productions de base.

AA. : Je suis tout à fait d’accord avec vous, dans la mesure où le rôle de l’État est d’assurer ses fonctions de régulateur du système économique. Quand on regarde la configuration de l’entreprenariat tchadien, nous sommes tous des « Trésor dépendants ». Quand le Trésor tousse, nous nous enrhumons. Avec le renflouement des caisses de l’État par les revenus du pétrole, tout le monde s’agglutine autour du Trésor public. Partant de cet état de fait, nous disons qu’un pays dont l’économie est tenue par son Trésor public ne peut être viable. Il nous revient à nous, entrepreneurs, en partenariat avec l’État, d’être aptes à générer des activités non dépendantes du Trésor public, mais pourvoyeuses d’impôts. À cette fin, nous attendons que l’État mette en place un système judiciaire juste et honnête et que nos règles de compétitivité nous rapprocher des standards internationaux. Rome ne s’est pas faite en un jour, et le fait d’amorcer le débat, de commencer à en prendre conscience et d’entreprendre les actions qui y concourent constituent une avancée significative. Le Tchad a mille potentialités pour réaliser son développement, en dehors même du secteur pétrolier.

PE. : De vos trois activités (génie civil, hydraulique et routes), laquelle est la plus porteuse et lesquelles devez-vous encore développer ?

AA. : Les investissements effectués ces deux dernières années, avec l’appui de la SFI, nous permettent de soutenir notre développement sur les cinq prochaines années. Il y a un énorme potentiel pour les entreprises du secteur des BTP. Potentiellement, nous pourrons gérer un portefeuille d’activités de 20 voire 30 milliards F.CFA. Il faut cependant faire observer qu’il y a des facteurs limitant. Un de ces blocages se situe au niveau des ressources humaines. À ce jour, nous ne pouvons pas avancer comme nous l’attendons par rapport à nos objectifs car les cadres disposant de l’expérience et de la maturité nécessaires font défaut, si l’on s’en tient aux critères de qualité que nous nous sommes initialement fixés. Pour toutes les entreprises tchadiennes, c’est ce qui fait le plus défaut aujourd’hui. C’est là un domaine dans lequel des efforts doivent être portés afin que nos entreprises puissent se développer en assurant leur compétitivité et leur viabilité.

P.E. : Quelles actions menez-vous pour combler les retards de nos jeunes diplômés ?

AA. : Nous sommes obligés d’avoir recours à un grand nombre d’expatriés, ce qui affecte significativement nos charges d’exploitation. Pour assurer la relève, nous avons engagé 72 jeunes techniciens tchadiens. Notre actuel directeur technique est un professeur ayant dirigé une école technique très réputée en France. L’une de ses missions est de faire de la formation en interne. À terme, nous allons procéder à un écrémage de nos jeunes diplômés et ne garder que les meilleurs, sachant que nos besoins sont de l’ordre de 30 ingénieurs. C’est donc l’excellence qui va primer. Dans trois à quatre ans, nous aurons des techniciens-maison formés, qualifiés et formatés dans les activités de la société suivant notre structure et notre mode de travail.

P.E. : Pourrions-nous revenir sur l’évolution de vos domaines d’activités ?

AA. : Le développement de nos trois métiers clés, à savoir le génie civil, l’hydraulique et les routes, fait partie d’une stratégie globale. Les travaux d’hydraulique représentent une faible proportion de notre activité, de l’ordre de 20 %, mais ils génèrent une trésorerie régulière car financée par les bailleurs de fonds. Les routes constituent un marché très porteur puisqu’il ne fait pas appel à beaucoup de trésorerie et permet l’amortissement des équipements. Il s’agit d’un secteur qui peut supporter des retards de paiement. Le troisième secteur est celui du bâtiment, dans lequel nous travaillons avec des marges très réduites, mais la clientèle est plus large. Nos principaux partenaires actuels sont TIGO et les Brasseries du Tchad. Ainsi donc, dans la conduite générale de nos affaires, chacun des trois secteurs d’activités a son importance et contribue à assurer l’équilibre financier que connaît la société.

P.E. : Les marchés d’État vous attirent moins ?

AA. : Non ce n’est pas ça. Le marché est quand même très réduit au Tchad. Non en termes de masse de travaux, mais de clientèle. Dans notre portefeuille, actuellement, nous avons trois clients. L’État représente 40 % de nos engagements. Le danger est à ce niveau, car tout le monde « fantasme » sur la masse de contrats que l’État met sur le marché. Lorsque l’État éprouve des difficultés à honorer ses factures, c’est tout le secteur qui est en berne.

Dépendre à 100 % de l’État c’est dangereux, les moindres retards de paiement peuvent avoir des incidences graves. Si vous avez des créances de 3 à 4 milliards F.CFA sur l’État et que vous n’arrivez pas à payer votre personnel, vous êtes de facto en situation de faillite c’est ça être « Trésor dépendants », et c’est le talon d’Achille de nos entreprises.

Pour pallier cette situation, il nous faut envisager d’autres grands travaux que ceux mis sur le marché par l’État. De grands projets privés doivent être lancés… cela passe par les investissements étrangers. Et je pense que l’agriculture peut être une alternative.

P.E. : Des mouvements de contestation sociale bousculent le monde du travail (public et privé confondu). Dans quelle mesure cela affecte-t-il Geyser ?

AA. : Tout d’abord, je déplore qu’il n’y ait pas une classe entrepreneuriale tchadienne qui puisse donner de la voix. La deuxième chose, c’est que les relations patronat-salariés ne sont pas similaires d’une entreprise à l’autre. Il y a des entreprises gérées avec beaucoup de rigueur et une absence totale d’humanité. Il y en a d’autres avec autant de rigueur, mais avec une approche plus humaine des relations de travail. Geyser se place dans cette seconde catégorie. Nous savons à quel moment nos frères que nous employons ont de réels besoins : saison des pluies, fêtes religieuses, rentrée scolaire et deuils. Pendant ces périodes, il est important que le patron soit présent. C’est un moyen et un procédé de fidélisation, d’adhésion aux valeurs et in fine d’amoindrissement des frictions sociales. Si vous êtes présents à leurs côtés, les salariés sauront être reconnaissants et éviter les perturbations inutiles.

De façon plus générale, pour ce qui est de la grogne sociale, je constate que nous sommes en démocratie et que la loi du nombre doit primer. Que représentaient les grévistes proportionnellement au nombre de Tchadiens actifs ? Une très petite minorité. Lorsque les médias annoncent que le pays est à l’arrêt, ils désinforment les citoyens dans le seul but de les faire rester chez eux. Je suis sensible aux revendications des uns et des autres. Mais désinformer pour défendre une cause, c’est une méthode tendancieuse qu’aucun démocrate ne peut cautionner.

P.E. : Quel est l’effet, sur Geyser, des mesures récemment prises par le gouvernement en matière de sécurité sociale, dont les taux passent de 14,5 % à 20 % de l’assiette des cotisations ?

AA. : Je m’insurge contre le dispositif de sécurité sociale au Tchad. Qu’il s’agisse d’un taux de 14,5 % ou d’un taux de 20 %, nous payons des cotisations pour lesquelles il n’y a rien en retour. Autrement dit, on est en présence d’un impôt déguisé et non de cotisations sociales. Des négociations véritables entre le patronat et la CNPS sont nécessaires afin que cette caisse de sécurité prenne ses responsabilités. Dès le moment où la CNPS assure correctement ses responsabilités, nous sommes même disposés à aller au-delà des 20 %. Le but recherché est que l’employé et sa famille en bénéficient. La sécurité sociale fonctionne normalement ailleurs. Il n’y a pas de raison que cela ne marche pas chez nous.

P.E. : Comment conciliez-vous les mœurs socioculturelles locales avec la gestion d’une entreprise structurée ?

AA. : J’avoue qu’à mon retour au pays, j’ai essayé de mettre en œuvre des schémas occidentaux. Je me suis rendu compte qu’en m’adaptant à l’environnement socioculturel, que je ne pouvais de toute façon pas changer fondamentalement, il m’était possible d’arriver à mes fins.

C’est donc une question de flexibilité et d’adaptation. Notre culture recèle de nombreuses valeurs dont un manager judicieux peut tirer beaucoup de bénéfice dans sa gestion au quotidien. On ne gagne rien à se poser contre les cultures et les valeurs établies.
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Les changements politiques en cours au Moyen-Orient ont quelque peu occulté, aux yeux des médias occidentaux, le choc ressenti par les populations arabes lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a renforcé la volonté politique d’une mutation progressive des énergies fossiles vers les énergies nouvelles.

Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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