EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Grand dossier - Les écolos en rêvent, cela existe
Les paradoxes de curitiba la mégapole verte   
Marie Palmer      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Grand dossier Brésil

Les écolos en rêvent, cela existe. Curitiba intègre 82 000 km2 d’espaces verts protégés, plus de 140 km de pistes cyclables, un canal désigné réserve naturelle… le tout en pleine ville ! Dans la capitale de l’État du Parana, au sud du Brésil, les arbres côtoient les gratte-ciel. Les autorités municipales ont mis en place un modèle de croissance unique au monde en jouant la carte du développement durable. Nature luxuriante, faune diversifiée, réseau révolutionnaire de transports en commun, recyclage des déchets… rien n’est laissé au hasard. La ville oeuvre au bien-être de ses habitants depuis les années 1970. Ce confort de vie a attiré plus d’un million de personnes en cinquante ans et Curitiba compte aujourd’hui 1,8 million d’habitants. Comment allie-t-elle développement durable et gigantisme ?

Prix du programme environnemental des Nations unies en 1990, prix de la cité la plus innovante du monde décerné par le Congrès mondial des maires et des urbanistes en 1996, Globe Award de la ville durable et récompense du transport en 2000… Curitiba rafle les honneurs. La cinquième ville du Brésil éclipse les autres en matière de développement éco-responsable et impose son modèle.

Ce succès a été patiemment construit année après année. Depuis 1960, le développement de Curitiba est planifié. À cette époque, la ville a dû répondre à une vague d’immigration. L’exode rural dope la croissance urbaine et la menace du chaos plane. Les nouveaux arrivés s’installent où bon leur semble, sans règles ni logique. Cette expansion anarchique eff raye les autorités et la municipalité décide de reprendre les choses en main.

La ville fait alors appel à Jaime Lerner, jeune architecte qui en deviendra maire puis gouverneur de l’État de Parana. Lerner impose sa vision : « Une ville doit ressembler à une tortue. Cet animal représente la métaphore de la qualité de vie ». Le reptile vit, vaque à ses occupations et se déplace avec sa carapace. Si l’on casse cette carapace, l’animal meurt. Une ville court le même danger. Si l’on sépare habitations, bureaux et lieux de loisirs, la ville s’éteint.

La municipalité adopte la vision de Jaime Lerner. Cinq axes apparaissent sur la carte. Ces artères à six voies attirent la construction de commerces, d’habitations et de lieux de loisirs. La ville s’y cristallise.

Les transports en commun sillonnent ces voies de circulation. Ils emmènent les habitants vers la périphérie ou les déposent dans un autre quartier. Lerner privilégie le transport collectif car les déplacements rapides et pratiques garantissent la qualité de vie des habitants. Les embouteillages se dissipent, les klaxons se taisent contrairement aux autres villes du Brésil. Les trajets sont raccourcis et la pollution diminue.

La première zone piétonne au monde

Quatre cent cinquante lignes de bus sillonnent la ville et les quatorze agglomérations avoisinantes. Près de 85 % de la population les utilisent, ce qui représente quotidiennement deux millions de passagers en transit. Un bus passe toutes les 52 secondes sur la ligne express. Des stations-bulle optimisent les entrées et les sorties. Ces tunnels de verre en extérieur permettent aux passagers d’acheter leur billet avant la montée. Un système qui fluidifie les montées et les descentes.

La municipalité innove en interdisant le centre-ville aux voitures dès 1973. C’est la première zone piétonne au monde. Les cyclistes y côtoient les piétons puisque la ville compte également plus de 150 kilomètres de pistes cyclables. La croissance urbaine respecte les espaces verts. Des poumons de verdure bordent les îlots de construction. Curitiba totalise 52 m2 d’espace vert par habitant, rendant dérisoires les 16 m2 par habitant que recommande l’Organisation des Nations-Unies.

Jaime Lerner refuse l’éloignement systématique des pauvres en périphérie. « Plus la mixité est grande, plus la ville gagne en humanité », explique l’architecte. Les foyers modestes profitent donc de ce cadre de vie. Dès 1976, des logements sociaux sont construits dans le centre. Ce projet révolutionne l’urbanisme traditionnel brésilien qui laisse les pauvres s’entasser dans des favelas tandis que les riches se barricadent dans des condominiums.

Les habitants à bas revenus accèdent ainsi aux services sociaux : hôpitaux, crèches, écoles, etc. Les 235 crèches publiques accueillent 25 000 enfants de moins de six ans. Les plus grands fréquentent les « Farois do saber » (phares du savoir), des centres culturels qui proposent livres et activités.

Lerner réussit son pari. Curitiba se développe, les habitants accèdent au confort. Plus de 99 % des foyers sont équipés en eau potable et électricité, contre seulement 77 % dans le reste du pays. Même constat pour les sanitaires dont 99,6 % des foyers disposent. Les conditions d’hygiène dépassent les standards brésiliens. Les déchets sont collectés dans 99,5 % de la ville.

Même les bidonvilles bénéficient de cette politique municipale. Là où les camions-bennes ne peuvent passer, les habitants ramassent leurs déchets. Ils échangent leurs détritus contre de la nourriture. La municipalité fournit un kilo d’aliments contre quatre kilos de déchets. Ce « cambio verde », ou troc écolo, permet d’assainir les quartiers défavorisés.

La ville recycle près de 13 % de ses déchets, contre seulement 1 % dans le reste du pays. Dans les parcs et les espaces publics, des poubelles permettent de trier les détritus. Par l’exemple, les habitants ont intégré cette culture éco-responsable.

Ces politiques interpellent. La réputation de Curitiba grandit et des entreprises s’y implantent. Elles recherchent un cadre de vie agréable et une main-d’oeuvre qualifiée car le taux d’alphabétisation y atteint 97 %, soit 10 points de plus que la moyenne nationale.

Le cercle vertueux du développement durable

Dans les années 1990, des constructeurs automobiles européens (Renault, Volkwagen et Audi), y construisent des usines qui s’ajoutent aux industries déjà présentes (Volvo, Krone, Bosch, etc.). La ville prospère. Le taux chômage s’affaisse au-dessous des 4 % en 2011. Une embellie qui transforme l’économie locale. En quarante ans, Curitiba est passée d’un modèle rural à une économie de services, du secteur primaire au secteur tertiaire. Les habitants jouissent de la croissance économique. Curitiba possède le quatrième plus haut revenu par habitant du pays. Cet essor se traduit en termes d’indice de développement humain (IDH). La ville pointe en troisième position.

La réussite de Curitiba fait rêver car elle prouve que les métropoles en développement peuvent grandir sereinement. Pour Jaime Lerner, le développement durable est accessible à tous. « Si vous voulez de la créativité, retirez un zéro à votre budget. Si vous voulez du développement durable, retirez deux zéros », affirme l’architecte.

L’abondance attire et les nouveaux habitants affluent. En quarante ans, la population triple. En 2011, la ville comptait plus d’1,8 millions d’habitants*.

Victime de son succès ?

Jusqu’à présent, Curitiba a absorbé ce surplus de population, mais aujourd’hui les défi s changent d’échelle. La ville se prépare à passer le cap des 2 millions d’habitants.

Cette explosion démographique perturbe son modèle de développement. Les transports en commun sont pratiquement saturés. Les habitants se tournent vers la voiture individuelle ; certains se plaignent d’embouteillages. Le témoignage d’Eduardo Carvalho, un utilisateur de Twitter, interpelle : « Curitiba devient une vraie ville. Le trafic est ralenti et les embouteillages se forment… c’est un grand changement ».

Le cercle vertueux du développement durable est-il en train de se transformer en cercle vicieux ? Le modèle éco-responsable mis en place par Jaime Lerner survivra t-il à la croissance exponentielle de la ville ? De nouveaux défis s’imposent aux autorités. Le réseau intégré de transport souff re de la multiplication des usagers, il sera renforcé par la création d’un métro pour désengorger l’axe Nord-Sud. La ville parie également sur des lignes de bus supplémentaires. La « linha verde », ligne verte, complétera les cinq axes structurants de la ville en la traversant d’Est en Ouest. Des lignes perpen- diculaires inter quartiers multiplieront les dessertes. Ce nouvel axe devrait désenclaver la partie ouest de la ville.

Curitiba ne renonce pas pour autant à son parti pris écolo. L’avenue de la linha verde respectera la nature. Un parc central s’étendra sur 20 km entre les corridors d’autobus et plus de cinq millions d’arbres devraient être plantés. Un projet de corridor écologique le long de la rivière Barrigui complétera le plan de circulation. Ce projet de réserve naturelle, alliant faune et fl ore, inaugure le concept de biodiversité urbaine en constituant le premier axe de circulation vert.

La ville tente de prolonger les recettes de son succès. Jaime Lerner y croit : « La ville ce n’est pas un problème, c’est une solution pour le pays. Chaque ville peut améliorer sa qualité de vie en trois ans, tout dépend de comment elle s’y prend. » *Chiffre IBGE- Institut brésilien de géographie et de statistiques.
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Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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