EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Entretien avec JEAN-JOSEPH BOILLOT Professeur agrégé de sciences économiques et sociales et docteur en économie*.
LA PLUS GRANDE DÉMOCRATIE MAIS PAS LA PREMIÈRE ÉCONOMIE À MOYEN TERME   
Damien Durand      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Grand dossier Inde

L’Inde est-elle arrivée à concilier à la fois le fait d’être une vraie puissance en devenir, et en même temps « la plus grande démocratie du monde » ?

L’Inde réussit en effet à remettre en cause la doctrine du « consensus de Pékin », qui a cours notamment en Afrique, selon laquelle un régime autoritaire serait plus efficace pour garantir un décollage économique rapide. Avec sa croissance rapide, et même très rapide au milieu des années 2000, l’Inde est une preuve vivante que le développement est compatible avec une démocratie représentative de 700 à 800 millions d’électeurs.

Ce qui ne veut pas dire que cette « plus grande démocratie du monde » n’est pas confrontée à des défis considérables. Elle doit d’abord lutter contre des phénomènes de corruption de l’administration. Elle doit aussi résoudre la question sociale des « castes » dans la vie politique comme dans la vie économique. Non pas des castes au sens traditionnel de la religion hindoue comme on en parle trop souvent en France, mais plutôt au sens de classes sociales avec des ancrages régionaux, voire au niveau des villages, très forts. Ces castes se renforcent paradoxalement depuis quelques années comme clé des jeux politiques et agissent au détriment de la définition d’un « bien public collectif », d’un intérêt commun du peuple indien.

L’Inde voit notamment sa démocratie ébranlée par la perte de pouvoir des grands partis centraux de New Delhi, au profit des partis régionaux qui jouent précisément sur les combinaisons de castes, et avec lesquels les deux grands partis panindiens sont obligés de s’allier pour pouvoir gouverner au niveau fédéral. Cela ne renforce pas le pouvoir central et la poursuite, notamment, des réformes attendues pour améliorer la gouvernance de l’Inde et ses programmes urgents, dans les infrastructures nationales par exemple.

Concrètement, l’Inde est bel et bien la plus grande démocratie du monde, mais pas forcément la meilleure ou la plus efficace. Toutefois, la taille et l’hétérogénéité du continent expliquent largement ces déficiences.

La situation diplomatique difficile avec ses voisins peut-elle représenter un obstacle à l’émergence de l’Inde sur le plan international ?

Les relations difficiles avec le Pakistan, mais aussi avec le Bangladesh ou le Sri Lanka, font effectivement désordre. Mais après des années « d’équilibre de la terreur » dû à l’arme nucléaire, la relation semble s’améliorer avec le Pakistan, même s’il ne faut pas oublier le rôle encore essentiel de son « establishment militaire » qui aime à jouer la carte anti-indienne pour justifier son pouvoir et ses privilèges exorbitants. Du côté des autres voisins, on est également dans une situation un peu meilleure, notamment depuis l’arrivée au pouvoir en 2004 du Premier ministre, Manmohan Singh, un homme calme et conciliant, qui a compris que l’harmonie régionale est une condition de la confiance dans l’économie indienne.

Pour que l’Inde s’affirme en tant que puissance à un niveau plus global, New Delhi doit devenir un acteur incontournable des relations internationales. Or ce n’est pas si simple quand on ne pèse pas autant que la Chine par exemple, et c’est un euphémisme puisque le rapport des PIB est de 1 à 4, et il passe même de 1 à 10 dans les échanges internationaux. Cela suppose donc de trouver des systèmes d’alliances stables. Mais les autorités indiennes refusent de s’enfermer dans une politique d’alliance tant avec le monde occidental qu’avec d’autres groupes constitués. On a bien vu, lors du dernier sommet des Brics à New Delhi précisément, que l’Inde a plutôt joué cette carte à l’occasion en soutenant un discours assez antioccidental sur la réforme de la gouvernance mondiale. Sa diplomatie à géométrie variable n’en fait pas un partenaire fiable aux yeux des Occidentaux. Cela garantit peut-être son indépendance, mais la marginalise sur l’échiquier diplomatique mondial.

Comment l’Inde considère-t-elle actuellement l’Union européenne et la France ? Les voit-elle comme des partenaires incontournables de son expansion ?

Non. L’Europe en tant qu’entité constituée n’est pas un véritable acteur économique ou géopolitique aux yeux des Indiens. L’Inde voit davantage une multitude de pays qui la courtisent et de puissances intermédiaires qui voudraient rester de grands acteurs mondiaux chacun dans leur coin, comme le Royaume-Uni, la France ou l’Allemagne. Pire, vues de New Delhi, ces puissances intermédiaires – comme la France et l’Allemagne – luttent à couteaux tirés, sans esprit de coopération, pour s’imposer sur le marché indien. Quelle tentation alors de jouer justement de cette rivalité, même s’il ne faut pas oublier que le PIB de l’Inde reste inférieur à ceux de la France ou de l’Allemagne par exemple. La Chine elle, joue à merveille de ces rivalités intra-européennes pour négocier en position de force ou faire rentrer dans le rang le pays qui aurait des velléités à son encontre, comme on l’a vu pour le Tibet !

Alors que la Chine, le Brésil, l’Afrique du Sud et la Russie se développent également sportivement, et organisent des événements suivis par toute la planète (Jeux olympiques, Coupe du monde de football), pourquoi l’Inde ne s’impose-t-elle pas plus dans ce domaine ?

Très bonne question, que les Indiens eux-mêmes se posent de plus en plus. Dans ce domaine du soft power, l’Inde est en eff et extrêmement absente. Elle a certes organisé, avec un certain succès sportif, les Jeux du Commonwealth en 2010. Mais c’est une compétition très marginale. Pour le reste des grands événements sportifs internationaux, les Jeux olympiques notamment, la présence de l’Inde est insignifi ante avec tout au plus une médaille d’or aux derniers Jeux, et dans une discipline assez secondaire.

Qu’est-ce que cela révèle ? Tout simplement que malgré sa taille et son taux de croissance, l’Inde est sans doute un pays émergent, mais qui reste très pauvre et qui n’a pas mis en place d’infrastructures populaires. Il faut dire que quand on compte 45 % d’enfants qui souff rent de malnutrition, les priorités sont sans doute ailleurs en eff et. Mais il y a aussi un système social où l’élite ne valorise surtout pas le sport, et fait même tout pour empêcher la promotion des classes populaires par ce biais comme on le voit avec le cricket qui est confi né à un sport spectacle dominé par les classes supérieures.

L’erreur, à mon sens, est de comparer l’Inde à la Chine (qui est quasiment un pays développé maintenant), et de mettre tous les pays émergents dans le même panier. L’Inde est une puissance qui devient incontournable, mais à son rythme. Elle fait déjà partie des dix premiers marchés du monde dans quelques secteurs. Mais que l’Inde devienne la première puissance économique mondiale dans les décennies à venir, ça non, vraiment je ne le crois pas un seul instant.

* Jean-Joseph BOILLOT est également conseiller au Club du CEPII et cofondateur du Euro-India Economic and Business Group (EIEBG). Il est auteur de plus de 20 livres, dont L’Économie de l’Inde aux éditions La Découverte.
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