EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
D’INTERMINABLES NÉGOCIATIONS AVEC LES FARC   
Par Charles Rassaert      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Voilà plus d’un an que les pourparlers de paix entre le gouvernement et la dernière grande guérilla d’Amérique latine, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), ont débuté sans qu’il y ait eu le moindre accord malgré une avancée « historique ». La réélection du président Santos au mois de mai dernier pourrait relancer les négociations et aboutir à un accord que la Colombie attend depuis plus d’un demi-siècle.
Par Charles Rassaert


Le président colombien, Juan Manuel Santos, semblait déterminé et optimiste lors de ses vœux à la nation le 31 décembre dernier : « 2014 sera, espérons-le, l’année de la paix qui marquera la fin d’un conflit armé qui depuis un demi-siècle déjà n’a cessé de nous saigner. […] Nous sommes 47 millions à ne pas nous résoudre à continuer à souffrir de la violence ». Voilà plus d’un an que le président a entamé des négociations de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), la guérilla marxiste.
Deuxième puissance démographique du continent sud-américain, la Colombie demeure aujourd’hui le seul pays d’Amé- rique du Sud à lutter contre une guérilla active. Le conflit avec les FARC ne date pas d’hier, il a derrière lui plusieurs décennies de meurtres, d’attentats, d’enlèvements de civils dont le plus médiatique reste à ce jour celui de la politicienne Ingrid Betancourt. Minée par les heurts liés au commerce de la cocaïne et de la corruption des élites politiques, la Colombie a continué à se développer économiquement malgré le poids de ce conflit considéré comme le plus vieux du continent. D’après le Centre national de mémoire historique, les FARC auraient causé plus de 220 000 morts, entraîné le déplacement de 5,7 millions de personnes et capturé 27 000 otages en cinquante ans d’hostilités.

Des négociations historiquement bien avancées

La Colombie n’en est pas à sa première tentative de négociation. Par le passé, plu- sieurs pourparlers ont déjà eu lieu et tous se sont soldés par un échec cuisant en partie dû à l’ombre du voisin nord-amé- ricain trop présent dans les discussions de 1980 (contexte de guerre froide), 1990 (contexte de guerre antidrogue) et 2000 (contexte de guerre contre le terrorisme). Cette fois-ci, et bien qu’aucun accord n’ait pour l’instant été trouvé, la donne
semble diff érente ; les États-Unis ne sont pas présents dans les entretiens bien qu’ils « saluent » cette rencontre.
Pour la première fois dans l’histoire du pays, les négociations entre les FARC et le gouvernement colombien ont abouti à des convergences. Les deux parties ont reconnu, à leur manière, leurs responsabi- lités dans le confl it armé. Cette évolution positive est principalement due à l’inten- tion louable du président Juan Manuel Santos d’aboutir à un accord de paix.
Le chef de l’État rompt ainsi à la fois avec sa propre politique et avec celle de son prédécesseur, Alvaro Uribe (2002- 2010), essentiellement tournée vers l’aff rontement avec la guérilla. Depuis 2002, la Colombie a été le théâtre d’une escalade de la violence entre les deux camps. Bien que les FARC aient perdu plusieurs commandants tués dans des embuscades, la guérilla marxiste n’a jamais plié. Au contraire, elle serait présente dans un tiers des municipali- tés du pays. Cet enlisement militaire a fi nalement poussé le président Santos à œuvrer pour le dialogue et, en quelque sorte, à accepter sa propre défaite.
Les négociations ont débuté en octobre 2012 au nord d’Oslo et au bord du lac Hurdal. La Norvège est en eff et un des pays observateurs avec Cuba, le Chili et le Venezuela. Ces pays ont la charge
de mener les discussions et d’aboutir à la bonne conduite des négociations. Du début de l’année 2013 à ce jour, c’est à La Havane qu’elles ont continué. En quelques mois, les discussions entre le gouvernement colombien et les FARC se sont articulées principalement autour de cinq points : possibilité pour les rebelles de faire de la politique après avoir rendu les armes ; appui aux zones rurales les plus pauvres du pays où étaient recrutés les guérilleros ; rupture totale des liens et des échanges avec le crime organisé ; aide à la réinsertion ; et enfi n assistance aux familles des victimes des FARC (résolu- tion des assassinats ou des enlèvements et devoir de mémoire).
Au début de cette année, seuls deux de ces cinq points ont abouti à un accord, notamment la promesse du gouver- nement Santos d’établir une réforme agraire pour développer les zones rurales (mai 2013), et la participation politique de la guérilla (novembre 2013), une fois la paix restaurée. Les FARC pourraient, sous réserve d’un accord total, devenir un parti politique. Ces deux accords partiels ont soulevé un vent d’optimisme de la part de la communauté internationale. Pour la première fois de leur histoire, FARC et gouvernement se sont entendus sur des dossiers qui ont longtemps été à l’origine de conflits.

Négociations de paix  et élection présidentielle

Si les avancées entre les FARC et le pouvoir colombien sont concrètes, force est de constater que les négociations traînent en longueur au grand dam du président colombien et au détriment des populations civiles qui, une fois de plus, en paient le prix. Assurément, les négo- ciations se sont déroulées dans un climat tendu puisque la trêve n’a duré que deux mois sur le terrain militaire, sans pour autant remettre en cause l’ensemble du processus de paix.
Le gouvernement, bien qu’ouvert à la discussion, se refuse à tout cessez-le-feu avant le moindre accord de paix. L’AFP a déjà dénombré les morts de 61 militaires et 75 guérilleros depuis le début des trac- tations. Cependant, pour la première fois dans l’histoire de la Colombie, les deux parties n’ont pas tiré parti des coups de feu échangés entre le gouvernement et les FARC pour mettre fin au processus engagé. Au final, ce qui pourrait entraîner la fin des négociations est la volonté trop grande et non dissimulée du président Santos d’arri- ver à un accord. La lenteur des négocia- tions n’est pas au goût du chef de l’État qui aimerait bien accélérer le mouvement. Car pour le président en perte de popularité, un traité de paix équivaudrait quasiment à une victoire mémorable.
Les FARC ne l’entendent pas de cette façon et se refusent à toute « soumission ». Dans cette perspective, la guérilla avait demandé le report des élections législa-
tives pour négocier tranquillement et ne pas bloquer les avancées. Le responsable de l’ONG Crisis Group, spécialisée dans la résolution des conflits, s’accordait sur le péril que pouvaient entraîner les dyna- miques électorales sur le processus de paix.
Finalement, Santos a, en partie, gagné son pari. Tandis que l’opposition demandait au président d’arrêter les négociations, les FARC et le gouverne- ment colombien sont parvenus à une entente sur le troisième point le 16 mai dernier, soit neuf jours avant le premier tour du scrutin. Ce nouvel accord prévoit donc l’arrêt du trafic de drogue, une res- source importante pour la guérilla. Une semaine plus tard, le président Santos était réélu avec 50,95 % des voix, une vic- toire de justesse qu’il doit à la coalition de la gauche, au rejet d’un retour de la droite dure marquée par l’ex-président Alvaro Uribe, et au désir de mettre fin à la guérilla des FARC.

Une paix vraiment possible ?

Dès son intronisation, Santos a pro- mis à la foule d’obtenir « une paix juste » et « sans impunité ». Alors que son second mandat ne débutera qu’en août, le pré- sident est dans l’obligation de consti- tuer un nouveau gouvernement s’il veut aboutir à un accord avec les FARC. En effet, l’option de la paix négociée ne faisait pas l’unanimité au sein de son précédent gouvernement, principalement en raison de la faiblesse politique et militaire de la guérilla qui avait été grandement décimée

sous le double mandat d’Alvaro Uribe (2002-2010). Les enlèvements liés aux FARC sont d’ailleurs devenus rares. De plus, la classe politique dans son ensemble craint un retour des mouvements paysans et syndicalistes.
À son tour, une grande majorité de la population colombienne ne souhaite pas la réinsertion des membres des FARC dans la société. Un récent sondage de l’Université des Andes de Bogota annon- çait que 70 % des Colombiens refusent de voir d’anciens guérilleros se présenter à des élections. Dans l’ensemble, la popu- lation serait contre la possibilité pour des anciens commandants d’accéder à des postes politiques (maire ou sénateur) et de vivre en toute impunité.
Il existe aussi une certaine amer- tume contre les négociations au sein des FARC. Si ces dernières ont tout à gagner d’un accord, il y a dans leurs rangs, à n’en pas douter, une dissidence qui échappe à tout contrôle. Pour preuve, un attentat a eu lieu le 16 janvier dernier à Pradera, au sud-ouest de Bogota, faisant un mort. L’attentat a tout de suite été rejeté et condamné depuis La Havane par la délé- gation des FARC qui, afin de ne pas faire échouer les négociations, a promis de mettre en place les « corrections discipli- naires qui conviennent ». Pour la première fois dans les concertations, les FARC ont ouvertement désavoué une attaque per- pétrée par leur groupe militaire. Le gou- vernement Santos a accepté ce mea culpa et souhaite intensifier l’avancée des négo- ciations.
Bien que des progressions soient réelles, la difficulté de la signature d’un accord en dix-neuf mois de pourparlers avec les FARC risque encore de s’éterni- ser en raison d’un point de divergence sur la question des réparations aux vic- times. Santos doit faire vite s’il ne veut pas paraître discrédité, lui qui avait pro- mis d’entamer des négociations avec la seconde guérilla communiste, l’Armée de libération nationale (ELN), toujours active en Colombie. & 9679;

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