EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Développement
VISION 2020 DE GRANDES AMBITIONS   
Par Jean-Baptiste Bonaventure      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Une société libre, mature et juste, doublée d’une économie développée à horizon 2020, c’est l’objectif que s’est fixé la Malaisie en 1991. Un gigantesque plan national de modernisation des infrastructures et des esprits qui porte les espoirs de tout un peuple mais qui ne manque pas d’obstacles à surmonter, à l’intérieur comme à l’extérieur de la fédération. 
Par Jean-Baptiste Bonaventure


Wa w a s a n 2 0 2 0 » , Vision 2020 ou encore Malaisie 2020, tels sont les noms que l’on donne à l’immense projet qui porte le développement social, sociétal et surtout économique de la Malaisie depuis 1991. Pensé par l’ex-Premier ministre Mahathir bin Mohamad, le programme se décompose en neuf grands objectifs relevant essentiellement d’une dimension philosophique. On y trouve notamment la volonté de créer, ou au moins de renfor- cer, l’unité nationale, une société mature, libre, éthique, basée sur la protection des citoyens, l’innovation scientifique, une juste redistribution des richesses et une économie « compétitive, dynamique, robuste et résiliente ».

Si les mots peuvent apparaître quelque peu vagues, ils n’en sont pas moins ambi- tieux. Ils sont surtout la traduction d’une volonté de modernisation ne passant pas uniquement par le développement du Produit intérieur brut du pays, mais par le PIB/habitant. Une volonté d’enrichis- sement non pas de l’État mais du peuple auquel a été faite la promesse – à horizon 2020 donc – d’atteindre un revenu par habitant de 15 000 $ pour devenir ce que la Banque mondiale considère comme faisant partie du petit club des économies développées.

Ces enjeux pleins de bons sen- timents prennent toutefois place dans une série de plans de dévelop- pement économique bien plus prag- matiques. S’emboîtent ainsi les unes dans les autres plusieurs initiatives plus ou moins concrètes : Government Transformation Programm, 10th Malaysian Plan, New Economic Model, et enfin le Programme de transformation économique (ETP). Celui-ci se décline en 131 projets très concrets portant sur 12 secteurs isolés comme moteurs principaux de l’économie malaisienne : énergie, huile de palme, services finan- ciers (avec un fort encouragement de la finance islamique et du local banking), vente en gros et de détails (comprenant notamment le développement de super- marchés, de la consommation en ligne et de l’industrie du bien-être), commu- nications et infrastructures en ligne (sites gouvernementaux, e-learning et paiement en ligne entre autres), éducation, santé, technologies électriques et électroniques, « business services », tourisme, agriculture, et enfin la ville de Kuala Lumpur et sa conurbation appelée Klang Valley qui représentent le principal pôle d’attractivité du pays à l’international.

Un projet national commun

En permettant de maintenir une crois- sance annuelle de plus de 5 % (à l’excep- tion de 2009) et en prévoyant la création de 3,5 millions d’emplois, ces projets semblent pouvoir réussir leur pari. Ainsi, selon François Matraire, directeur du bureau Ubifrance en Malaisie : « Ces plans ont sur- pris par leur efficacité puisqu’ils ont engen- dré en 2013 un PIB réel par habitant de 10 600 $ et de 12 000 $ en 2013 ». Et ce bien que certains analystes et acteurs de l’éco- nomie locale tablent sur une réussite pour 2030 plutôt que 2020 sans une croissance à 8 %. Le glissement actuel des économies émergentes pourrait encore accentuer ce fait bien que l’économie malaisienne en ait jusque-là peu fait les frais en comparaison de certains de ses voisins.

Mais Vision 2020 a un rôle fonda- mental dans la société indonésienne, celui d’un objectif, d’un projet national com- mun. Les Malaisiens en ont même fait un chant. « Tout est l’occasion de faire une chanson en Malaisie, c’est une sorte de tra- dition. Une façon de motiver les troupes », explique encore François Matraire. Bien sûr l’idée peut surprendre, qui imagine- rait ailleurs faire une chanson dédiée à la lutte contre le chômage ou à l’encourage- ment des exportations ? Quoi qu’il en soit, cela donne une idée de ce que représente ce projet aux yeux des Malaisiens. La réus- site de celui-ci est d’autant plus impor- tante que le pays est actuellement pris dans ce que l’on appelle parfois le « piège des pays à revenus intermédiaires ». Ainsi la Malaisie se retrouve-t-elle aujourd’hui face à deux types de concurrence inter- nationale contre lesquels elle ne peut pas lutter sans faire un bond en avant dans son développement. D’une part, elle ne peut pas rivaliser avec l’offre de prix de ses voisins « à bas coûts » que sont notam- ment l’Indonésie, le Vietnam ou encore la Thaïlande. D’autre part, elle ne peut égaler le niveau de qualité des produc- tions à forte valeur ajoutée des riches et puissantes Corée du Sud et Singapour. Comme il est évidemment impensable de rétrograder, la Malaisie dont les exporta- tions représentent 200 % du PIB n’a pas le choix. Elle doit avancer, se développer ou être étouffée par la concurrence régionale.

Le prix de la modernisation  et l’enjeu social

Si Vision 2020 et l’ETP qui l’accom- pagne sont le fruit de la volonté de diri- geants politiques historiques que sont son initiateur évoqué plus haut – Mahathir bin Mohamad – et l’actuel Premier ministre élu sur la base de la promesse de sa réalisation, ils ne relèvent pas pour autant d’une logique d’économie admi- nistrée. Au contraire, le gouvernement malaisien a pensé l’ETP selon une grande orientation capitalistique dans laquelle le plan doit être financé à 92 % par le sec- teur privé. Parmi ces financements, seuls 27 % ne seront pas domestiques et pour- ront prendre la forme d’Investissements directs à l’étranger (IDE) – le pays ne vou- lant pas perdre le contrôle de son écono- mie au profit de capitaux étrangers.

Cette modernisation et cette libéra- lisation, aussi nécessaires soient-elles au pays, ont un coût social non négligeable dont les Malaisiens prennent conscience au fur et à mesure que le plan est appliqué. « La population malaise vit actuellement dans un certain confort avec notamment d’excellentes prestations médicales » décrit le directeur du bureau d’Ubifrance, mais « le bas coût de la vie qu’elle connaît et dont elle se satisfait ne pourra pas durer éter- nellement ». D’ici à 2015, une taxe sur la valeur ajoutée sera effectivement mise en place dont le poids ne manquera pas d’être ressenti par la population. Tout comme la baisse progressive des subventions au sec- teur de l’énergie qui là encore se traduira par une augmentation inévitable des prix. Si certaines protestations se font entendre à ce propos, c’est là que la dimension patriotique de Vision 2020 prend tout son intérêt. Elle imprime à l’ensemble de la population l’idée, vraisemblablement justifiée, que cette modernisation est nécessaire, qu’elle implique des sacrifices afin de promettre à la nation tout entière un avenir meilleur, celui d’une économie développée.

Toujours dans cette logique, avec le retrait progressif de la part de l’État dans l’économie, une spécificité malaisienne devra être abolie tôt ou tard : la discrimination positive dont bénéficie l’ethnie majoritaire malaise appelée localement bumiputera. Ses membres bénéficient encore actuellement d’un accès facilité à certains emplois, au cré- dit et à l’immobilier notamment. Si cette politique avait pour but une sorte de lis- sage de la répartition des richesses entre les ethnies, elle ne pourra pas résister à l’idée d’une seule grande nation malai- sienne promue par le plan Vision 2020. Si ce n’est pas encore une majorité d’entre eux, le nombre des bumipu- tera adhérant à la nécessité de la fin de cette politique ne cesse d’augmenter, et ce particulièrement dans les grandes aires urbaines. Beaucoup d’entre eux sont désormais conscients que tous les Malaisiens doivent être mis en « com- pétition » afin de respecter l’objectif de méritocratie du gouvernement.

 Former des élites, le dernier défi ?

Si Vision 2020 semble pouvoir être réalisé plus ou moins dans les temps, il reste à la Malaisie à relever un très impor- tant défi pour transformer l’essai de son développement : la création d’une élite à la hauteur de l’enjeu. Le pays connaît aujourd’hui un déficit de personnel qua- lifié pour occuper des fonctions à hautes responsabilités et/ou nécessitant de grandes capacités techniques. Celles-ci seront pourtant absolument nécessaires à la prise de relais de la privatisation quasi totale de l’économie. Le gouvernement malaisien en est conscient et ce n’est pas un hasard si l’éducation figure parmi les douze secteurs d’activité identifiés comme prioritaires par le Programme de transformation économique.

De nombreuses familles malaisiennes aisées financent elles-mêmes les études de leurs enfants, souvent à l’étranger, les- quels pour beaucoup ne reviennent pas travailler dans leur pays d’origine. Une fois un haut niveau d’études atteint, il leur est en effet bien plus facile de gagner beaucoup d’argent dans d’autres pays qu’en Malaisie. Ce phénomène de fuite des cerveaux s’accompagne d’un niveau des universités trop faible pour former assez et assez bien un nombre suffisant de travailleurs et de décideurs futurs. Si le gouvernement a bien un programme pour envoyer de jeunes Malaisiens se former à l’étranger, là encore le compte n’y est pas. Reste à espérer pour le pays que la croissance incitera toujours plus d’universités étrangères à s’implanter. La préoccupation patriotique, quant à elle, devra ramener chez eux les jeunes diplô- més pour construire l’après 2020. & 9679;

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Les changements politiques en cours au Moyen-Orient ont quelque peu occulté, aux yeux des médias occidentaux, le choc ressenti par les populations arabes lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a renforcé la volonté politique d’une mutation progressive des énergies fossiles vers les énergies nouvelles.

Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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