EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
SOCIÉTÉ
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Par Denis Farnon      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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En Malaisie, qui regroupe des communautés d’origines diverses sur les plans ethnique, culturel et religieux, la minorité d’origine chinoise représente aujourd’hui entre  25 et 30 % des 29 millions d’habitants . L’équilibre est parfois précaire et les tensions vives entre Malaisiens d’origine malaise et d’origine chinoise. Et quand la « discrimination positive » s’en mêle, c’est la cohésion nationale qui est menacée.
Par Denis Farnon


La minorité chinoise, présente depuis toujours en Malaisie et pratiquant le bouddhisme, le confucianisme voire le christianisme, a des références culturelles radicalement différentes de la majorité de la population d’origine malaise qui est musulmane.
Mais ce ne sont pas seulement la couleur de peau, la consonance des patronymes et les pratiques religieuses qui distinguent les Malaisiens d’origine chinoise. La place qu’ils occupent dans le tissu économique est également dif- férente. Les Malais occupent une bonne partie des postes de la fonction publique et de l’agriculture, tandis que les Malaisiens d’origine chinoise se sont spécialisés dans le commerce, l’ingénierie ou les emplois requérant des compétences scientifiques.

Comme les Malaisiens d’origine indienne – moins nombreux, avec environ 8 % de la population – leur réussite dans les domaines les plus lucratifs du secteur privé (alors que les postes occupés par les Malais sont jugés moins rémunérateurs) a tou- jours alimenté un sentiment de suspicion, voire de rejet. D’autant que si la Malaisie est effectivement un État multiethnique, la loi n’a jamais considéré que les différentes composantes de sa population devaient être traitées sur un pied d’égalité.
En mai 1969, des émeutes éclatèrent à Kuala-Lumpur, la capitale. Les Chinois, perçus comme une catégorie aisée de la population, furent agressés sur la base de leurs origines ethniques, ce qui entraîna la mort de 200 d’entre eux et un trauma- tisme durable dans le pays.

Émigration

En réponse à ces exactions à caractère raciste, le gouvernement de l’époque légi- tima la colère des Malais. Constatant le vif ressentiment que provoquait dans la majorité de la population l’écart de niveau de vie (y compris dans le domaine cultu- rel, les Malais étant souvent à l’époque illettrés), une législation de « discrimi- nation positive » fut appliquée. Mais ces mesures censées rétablir un certain équi- libre et réduire les inégalités profitèrent à la majorité d’origine malaise au détri- ment de la minorité d’origine chinoise. Les Malaisiens d’origine malaise, les Bumiputera (« fils du sol ») représentent aujourd’hui 85 % de la fonction publique nationale et 75 % des étudiants à l’univer- sité grâce à un système de places réservées.
Outre les problèmes sociaux inhérents à la discrimination ethnique inscrite dans la loi malaisienne, la situation commence à avoir des répercussions négatives sur l’économie nationale.
Car les Malaisiens d’origine chinoise étant las de ces discri- minations commencent à fuir le pays alors qu’ils occupent pourtant des postes clefs dans l’appareil productif et commercial. Entre 2007 et 2009, ce sont 500 000 d’entre eux qui ont quitté le pays pour fuir ces contraintes légales. Et malgré cette sai- gnée démographique, le gouvernement n’a rien entrepris pour inverser la ten- dance. Bien que plusieurs tentatives pour atténuer les eff ets de la discrimination positive aient été timidement proposées par les autorités, des groupes de pression comme le Perkasa, s’y sont fermement opposés. Ces groupes qui s’attachent à défendre les « droits des Malais » ont réussi à empêcher tout rééquilibrage en faveur de la minorité chinoise et indienne.

Un consensus qui vole en éclats

Cette émigration massive d’une partie de la minorité chinoise vers des cieux plus cléments était déjà un facteur inquiétant pour la cohésion ethnique du pays, mais le contexte politique qui a animé les élec- tions législatives de 2013 a fait franchir à la Malaisie un pas supplémentaire vers la tension généralisée. En eff et, la question de la polarisation entre la majorité malaise et les minorités chinoise et indienne a été au cœur des débats. Sur le papier pourtant, peu de changements à l’issue du vote : le Barisan Nasional (le « front national » en français) a remporté le scrutin. De jus- tesse d’ailleurs, preuve de sa lente érosion et d’une montée de la contestation dans la vie politique malaisienne, qui depuis 1957 avait pourtant toujours donné le pouvoir à cette vaste coalition. Malgré son caractère largement « pro-malais », le Barisan Nasional avait toujours béné- fi cié du soutien – plus pragmatique que militant – de la minorité chinoise.

Mais ce consensus ethnique et politique a, cette fois-ci, volé en éclats. Lassés par les res- trictions liées à leur statut de minorité ethnique, les Chinois de Malaisie se sont largement reportés sur un parti d’opposi- tion, le Democratic Action Party dont une bonne partie des dirigeants sont eux aussi d’ascendance chinoise. Un phénomène qui a également touché les Indiens de Malaisie lesquels ont reporté leur vote sur le Pakatan Rakyat. Cette désaff ection des minorités est l’un des principales expli- cations d’une victoire sur le fi l du Barisan Nasional qui sonne quasiment comme une défaite. Plutôt que de calmer le jeu, le Premier ministre, Najib Razak, a fustigé les résul- tats du scrutin comme étant la marque d’un « tsunami chinois », créditant de motifs ethniques ce revers électoral.
Un cri de colère et de rejet qui a rendu bien mensonger le slogan « Une seule Malaisie » que le Barisan Nasional avait promu pour animer sa campagne. Le commentaire de Najib Razak n’a pas tardé à enfl ammer les réseaux sociaux malaisiens et a contribué à faire éclater au grand jour la méfi ance et le rejet de la minorité chinoise par la majo- rité des élites malaises. & 9679;

 

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