EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
CENTRAFRIQUE - GRAND ENTRETIEN
JE VEUX FÉDÉRER TOUTES LES COMPOSANTES DE LA SOCIÉTÉ CENTRAFRICAINE   
Raphaëlle de Tappie      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Depuis plus d’un an, la République centrafricaine est en proie à une guerre civile, déchirée par les rebelles musulmans de la Séléka et les milices chrétiennes d’autodéfense, les anti-balaka. En décembre dernier, la France a envoyé des troupes pour protéger les civils et désamorcer le conflit. Elle sera bientôt suivie par l’Union européenne et par l’ONU. Par ailleurs, Catherine Samba-Panza préside le pays par intérim en attendant la prochaine élection présidentielle qui aura lieu en février 2015. Anicet Dologuélé, chef de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), l’un des seuls candidats déclarés, est entré en campagne le 6 mai. Rencontre. Propos recueillis
par Raphaëlle de Tappie


Entretien avec
ANICET DOLOGUÉLÉ
Ancien Premier ministre de la République centrafricaine, 
ancien président de la Banque de développement  des États de l’Afrique centrale (BDEAC)

 

Pays Émergents Comment la Centrafrique en est-elle arrivée là ? Anicet Dologuélé Au départ, le président François Bozizé a voulu prendre le pouvoir par les armes. Il a engagé des combattants. Parmi eux, beaucoup de Tchadiens et de Centrafricains du Nord. Ces derniers étaient déjà entraînés pour lutter contre les braconniers qui pillent leur région très riche en réserves naturelles. Une fois le coup d’État réussi, Bozizé n’a pas dédommagé ses combattants. Ces derniers, alors armés, se sont donc réunis et ont commencé à se rebeller. Eux qui venaient d’une région loin de Bangui, inaccessible sept mois sur douze, revendiquaient leur appartenance à la République. Ils voulaient pousser l’État à les reconnaître et s’intéresser à leur sort.

Bozizé a alors négocié, par l’entremise d’Omar Bongo, des accords de paix qui devaient aboutir à une démobilisation et à la réinsertion des combattants. Mais son fils et lui ont détourné l’argent destiné aux soldats. Beaucoup d’entre eux, désœuvrés, se sont alors reconvertis dans le diamant pour gagner leur vie. Afin de les punir de ne pas payer suffisamment de droits, Bozizé a envoyé son neveu, qui était ministre des Mines, confisquer leurs outils. Le Tchad, qui était inquiet pour sa sécurité extérieure a ensuite profité de la rancœur de ces jeunes Centrafricains abandonnés et les a poussés à marcher sur Bangui pour contraindre Bozizé à la négociation. C’est ainsi qu’est née la Séléka. Des voyous du Darfour l’ont ensuite rejointe afin de s’enrichir en pillant les petites villes. Mais seuls les villages chrétiens ont fait les frais de ces atrocités. Les soldats revendaient leur butin chez les musulmans ou les rapportaient au Soudan. Les chefs d’État de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEAC) se sont alors réunis pour faire le point sur la situation. Ils ont expliqué à Bozizé qu’il devrait partager le pouvoir, au moins symboliquement. Il devrait engager un Premier ministre de l’opposition démocratique et proposer des postes aux Séléka, ainsi pourrait-il rester en fonction jusqu’à 2016. Par ailleurs, cet accord stipulait qu’il devait y avoir des élections législatives en 2013 pour désigner un nouveau Premier ministre. Bozizé aurait alors eu toutes les chances de gagner légalement et de choisir son propre chef de gouvernement. Mais il n’a pas voulu saisir cette opportunité de calmer la situation et s’est mis à dos les dirigeants des pays voisins. Ainsi les accords de Libreville ont-ils échoué. Les Séléka ont fini par arriver sur Bangui et les soldats de l’armée du président ne se sont pas battus, faute de moyens. Bozizé et beaucoup de ses soldats se sont enfuis.

Les Séléka se sont donc retrouvés avec un pouvoir auquel ils n’étaient pas préparés. Beaucoup d’entre eux étaient des voyous sans éducation. Djotodia paraissait le plus éduqué d’entre eux mais il n’a jamais été possible de vérifier quel diplôme il avait eu. Les chefs de la Séléka se sont autoproclamés colonels et ont créé des zones dans tout le pays. Des voyous des quartiers musulmans ont rejoint le mouvement pour se servir de ces armes pour du grand banditisme. Certains sont venus du Darfour et du sud du Tchad. Ils ont passé de mars jusqu’à septembre à écraser les populations, à piller et à tuer sans jamais s’attaquer aux musulmans. D’où le sentiment de frustration des chrétiens envers les musulmans. Mais la plupart de ces derniers avaient peur de réagir contre les Séléka car les rebelles s’étaient installés chez eux.

Des milices chrétiennes d’autodéfense se sont alors créées : les anti- balaka. Ce qui n’a fait qu’augmenter la violence des Séléka. Des exodes ont commencé, des familles se sont déplacées vers les cathédrales pour être protégées par la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (Misca). Les anti-Séléka ont été récupérés par les politiques de Bozizé et ont été rejoints par des voyous non musulmans. Aujourd’hui, les anti-Séléka font exactement la même chose que leurs ennemis il y a quelques mois.

Devant l’incapacité de Djotodia à régler la situation, la communauté internationale à commencer à le menacer de saisir le Tribunal pénal international (TPI). Craignant pour sa sécurité, Djotodia s’est enfui à son tour. Désormais, nous avons une présidente par intérim qui doit s’occuper de nos 4 millions et demi de citoyens. Soixante-dix pour cent des moins de 35 ans n’ont pas de travail et ne vont pas à l’école. Les jeunes qui trimaient jour et nuit pour pas grand-chose ont pris les armes pour gagner de l’argent plus vite. Aujourd’hui, sous prétexte d’anti-balaka, ils essayent de récupérer ce que possèdent les autres en les assassinant. Ça donne l’impression d’un conflit chrétiens contre musulmans, mais cela n’a rien à voir.

Que pensez-vous du nouveau gouvernement formé par Catherine  Samba-Panza et son Premier ministre André Nzapayeké ? Que  peut-il faire selon vous ?

J’étais partisan de l’élection d’une femme pour calmer toutes ces violentes querelles d’hommes. Quand Catherine Samba-Panza a été désignée, il y a eu pendant quelques jours une sorte de consensus autour de son élection. Mais cela ne suffit pas. Au quotidien on doit voir l’autorité de l’État sur le terrain. La Misca va devoir encore sévir : la force est indispensable pour que les civils rendent les armes. Ils doivent être punis pour leur utilisation. Par ailleurs, on a raté la campagne agricole de 2013, les paysans ayant fui avec leurs troupeaux. Or notre pays est à 75 % agricole. Il faut aider les agriculteurs qui restent à préparer les sols pour commencer à semer. Il faut que la population se remette à travailler. Éviter l’oisiveté est le meilleur moyen d’éviter la violence. Les paysans qui ont fui ne reviendront que si le pays est plus sûr. Il en est de même avec les commerçants. On a besoin d’eux pour que l’économie reprenne.Aujourd’hui, Catherine Samba-Panza est sous pression de la communauté internationale, de plus en plus impatiente face au manque de résultats concrets. À l’heure actuelle, presque tous les musulmans sont repartis au nord du pays et beaucoup se sont même réfugiés au Tchad. Le sud et l’ouest sont terrorisés par les anti-balaka et il ne reste que quelques enclaves musulmanes sous protection française.


Qui a intérêt à ce que la Centrafrique reste dans cet état de chaos ?

La plupart des jeunes n’ont pas intérêt à ce que cela cesse, auquel cas ils seront punis. Les Séleka qui veulent faire sécession non plus. Bozizé, quant à lui, pense que toute cette violence lui rend service. Il est d’ailleurs accusé par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies de soutenir, financièrement et militairement les anti-balaka. Les pays voisins, en revanche, ont hâte que la situation se calme, ils ont peur de l’anarchie à leur porte.


Les troupes françaises (environ 1 600 hommes) sont intervenues  en Centrafrique le 5 décembre, lançant l’opération Sangaris pour  restaurer la sécurité dans le pays et le ministre de la Défense,  Jean-Yves Le Drian a annoncé, le 25 février, l’envoi de 400 soldats  supplémentaires. Par ailleurs, l’Union européenne a fini par  lancer, le 31 mars dernier, son opération militaire en Centrafrique  (Eufor-RCA), qui pourrait compter jusqu’à un millier d’hommes.  Enfin, l’ONU a promis l’envoi d’un contingent de 12 000 hommes.  Que peuvent-ils changer ? Qu’ont-ils déjà changé ?

Il faut qu’ils imposent la sécurité à Bangui pour permettre aux civils de travailler. Puis que cette sécurité s’étende dans toutes les villes de province. Il faut que les commerçants puissent revenir chez eux pour qu’on arrête enfin de tout importer du Cameroun. Et il faut que les élections reprennent. Pour l’instant, rien n’a changé. Bien malin celui qui peut dire combien il y a eu de victimes en un an. Plus de la moitié n’est pas comptabilisée puisqu’on les enterre immédiatement.

Pour l’instant, le contingent français a été déployé à l’intérieur du pays pour sécuriser les axes, les routes. Les soldats français ont été obligés à plusieurs reprises de se battre contre des éléments rebelles. Récemment, des membres de la Séléka ont même obligé la France à faire intervenir l’aviation. Mais si être en mesure de sécuriser les axes est une chose, le désarmement total et définitif des brigands est plus difficile. On vit actuellement dans une véritable voyoucratie.

 

François Hollande a accueilli Catherine Samba Panza à l’Élysée le  1er avril. Il a déclaré que la situation s’était « à la fois améliorée  sur certains points et détériorée sur d’autres ». En effet, il a  rappelé les évolutions positives dans le pays depuis le début de  l’opération Sangaris, tels que « la mise en place des autorités de  la transition » et le « fonctionnement des services publics les plus  essentiels, les écoles, l’hôpital, la prison ». Est-ce exact ? Il s’est  toutefois inquiété de la situation sécuritaire qui s’est nettement  « dégradée, détériorée, dans un certain nombre de lieux et même  à Bangui ». Comment expliquez-vous cela ?

Le problème de ce gouvernement intérimaire, c’est l’autorité. Certes, un effort a été fait mais, par rapport à ce qui était attendu, on est loin du compte. Des dissensions commencent d’ailleurs à s’élever au sein du gouvernement. La présidente veut le remanier, ce qui n’est qu’une fuite en avant. Tous les ministres sont là par intérêt, ils ont pris des positions provisoires dans le temps. Chacun essaye de tirer la couverture à soi. Quand quelqu’un est nommé en Afrique pour quelques mois, il pense immédiatement à ce qui va se passer après. Pour l’instant, on aimerait savoir exactement ce que Catherine Samba-Panza veut faire de façon à pouvoir mieux se projeter dans l’avenir. Toutefois, il est important de rappeler qu’aucun membre de ce gouvernement de transition ne pourra se présenter à la prochaine élection présidentielle.


Quel rôle la France doit-elle jouer dans la reconstruction du pays ?

Je parlerais plutôt de la communauté internationale. La Centrafrique aura besoin d’argent. Il faut que le prochain président ait les moyens de reconstruire un semblant d’État sinon on va retomber dans un cercle vicieux. Si l’État reçoit de l’argent, il pourra sécuriser tout ce qui a été fait, reconstruire l’armée, les infrastructures.

 

En tant que candidat à la prochaine élection présidentielle, quels  seront les grands axes de votre campagne ?

Entre les axes de campagne que j’avais au début et aujourd’hui, ce n’est plus le même pays. Je veux réconcilier mes compatriotes, consolider le climat de sécurité, rebâtir un État, construire une nouvelle armée, des nouvelles forces de défense et de sécurité, relancer l’économie, dynamiser le secteur privé et faire en sorte que la jeunesse centrafricaine soit mieux éduquée, mieux formée et que chaque jeune ait une chance d’accès à l’emploi.

J’ai commencé à faire campagne le 6 mai, quand je suis revenu à Bangui. Je dois mettre mon parti politique, l’URCA, en ordre de bataille. Je veux attirer des jeunes cadres qui formeront l’embryon politique une fois que je serai élu. Parallèlement à l’élection présidentielle, il y a les législatives que mon parti doit également se préparer à remporter. Mon idée est d’être un fédérateur des différentes composantes de la société centrafricaine, je veux toutes les regrouper au sein de l’URCA. Il faut que cessent les clivages entre musulmans et chrétiens.


Quelle sera votre première décision en tant que président ?

C’est difficile à dire. Tout est prioritaire, mais je pense qu’il faudra avant tout organiser un dialogue avec toutes les communautés pour qu’elles se parlent et comprennent que pour construire un pays il faut que chacun soit imprégné de son rôle. Il faut responsabiliser les gens. Sinon, notre pays est perdu d’avance. & 9679;

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Les changements politiques en cours au Moyen-Orient ont quelque peu occulté, aux yeux des médias occidentaux, le choc ressenti par les populations arabes lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a renforcé la volonté politique d’une mutation progressive des énergies fossiles vers les énergies nouvelles.

Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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