EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
OPINION
L’INDE ET LA CHINE EN AFRIQUE SIMILITUDES ET DIFFÉRENCES   
Par Assane Soumaré Professeur d’université, ancien ministre des Pêches de la République islamique de Mauritanie.      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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L’Inde comme la Chine est en pleine offensive en Afrique, à la recherche de débouchés et de matières premières. Comme la Chine, elle profite de la remise en cause de plus en plus apparente du système de domination des puissances occidentales en Afrique. Comme la Chine, quoiqu’à un niveau moindre, elle est la cible d’une propagande dont le but est de préserver l’hégémonie de l’Occident sur le continent par le biais, entre autres, de la diabolisation de tout concurrent aux yeux des Africains.

mais les différences sont nombreuses. Si la Chine n’est arrivée que très récemment sur le continent, par le biais du soutien qu’elle a apporté, y compris en armement, au mouvement d’émancipation des peuples africains au milieu du siècle dernier, l’Inde avait tissé des relations avec lui depuis bien longtemps, à l’époque de la fameuse route de la soie, quand ses voiliers sillonnaient la mer d’Oman et l’océan Indien pour approvisionner en bijoux et en épices le puissant royaume d’Aksoum et les côtes de l’est africain.

Les liens étaient si développés qu’une diaspora indienne de plus de deux millions de personnes est présente en Afrique de l’Est, principalement au Kenya où elle contrôle 80 % du commerce de détail, et en Afrique du Sud. Le père de l’Inde indépendante, le Mahatma Gandhi, a d’ailleurs livré ses premiers combats politiques en Afrique du Sud. Pourtant, malgré ces liens commerciaux multiséculaires, la Chine lui dame pour l’instant le pion sur le continent. En 2008, les investissements chinois s’y élevaient à 60 milliards de dollars : le double de ceux de l’Inde. En effet, malgré l’antériorité de la présence indienne en Afrique, les liens se sont relâchés au cours du siècle précédent. Au moment où, avec le développement des mouvements de libération nationale, le continent était devenu le théâtre de la confrontation entre les trois pôles de l’époque qu’étaient l’Union soviétique, l’Occident et la Chine.

L’Inde et la Chine avaient été à la base de la création du mouvement des non-alignés. Mais pour des raisons de litiges frontaliers (guerre sino-indienne de 1962), l’Inde s’était rapprochée de l’URSS. Cette superpuissance considérait alors que la contradiction globale dans le monde opposait le « camp socialiste » au « camp impérialiste », alors que pour la Chine, c’était celle qui opposait les nations opprimées à l’impérialisme. C’est ainsi que le soutien de la Chine aux mouvement sde libération nationale allait jusqu’à la fourniture d’armes, alors que l’Inde refusait de franchir ce pas. L’autre Pakistan, puisque bon nombre de pays africains sont totalement ou principalement musulmans (Égypte, Soudan, Maghreb et Afrique de l’Ouest).

Aujourd’hui, l’Inde revient en force et fait tout pour combler son retard. Elle multiplie les initiatives. Le premier sommet Inde-Afrique s’est tenu en 2008, le dernier a eu lieu en mai 2011. La question qui se pose désormais à l’Afrique est : comment construire une coopération favorable aux deux parties, en vue du développement du continent ? Pour y répondre, encore faut-il une bonne compréhension de la politique de coopération pratiquée par l’Inde. Quelles sont ses motivations ? Quelles sont ses caractéristiques principales ?

L’Inde est un paradoxe ; d’une part c’est un pays en développement, d’autre part elle est la 12e puissance industrielle du monde. Sur le plan économique, elle est donc plus proche de l’Afrique que ne l’est l’Occident. Son très fort potentiel de croissance a besoin de marchés et de matières premières, surtout énergétiques, pour se déployer. Sa motivation principale n’est pas la proximité économique naturelle mais la recherche frénétique de matières premières (pétrole surtout) et de débouchés commerciaux. La croissance de l’économie indienne ne peut se contenter de la part très modique, 1 % , qu’elle occupe dans le commerce international, loin derrière la Chine qui affiche 7 %. Vendre les produits et services qu’elle produit, malgré l’immensité du marché intérieur indien, n’en demeure pas moins important. Le deuxième objectif de recherche de matières premières, surtout pétrolières, est quant à lui une question de survie pour la croissance de l’économie indienne. Les réserves pétrolières de l’Inde ne représentent que 0,5 % des réserves mondiales. Actuellement, elle satisfait 75 % de ses besoins par des importations, dont 20 % proviennent d’Afrique. Certaines prévisions font état de 80 % en 2020 et 95 % en 2030. À la différence de la Chine où la coopération a, dès le départ, été portée par l’État et s’est principalement concrétisée dans la réalisation d’infrastructures de base, la coopération indienne s’est exprimée principalement par le biais de l’investissement privé. Même si la Chine a amorcé un virage dans ce sens, c’est là une différence fondamentale entre les stratégies de pénétration du marché africain par ces deux géants émergents. En effet, les entreprises chinoises qui opèrent en Afrique, même dans le domaine des investissements privés, sont souvent propriétés de l’État où fortement contrôlées par lui.

L’une des autres caractéristiques de la politique de coopération de l’Inde, est l’implantation directe d’unités de production et le transfert de technologie. Les entreprises indiennes investissent dans tous les secteurs de l’économie africaine : les industries extractives, les infrastructures et services de base, la téléphonie, la construction automobile, etc. En Ouganda par exemple, la majorité des autobus sont de la marque indienne Tata. Par ailleurs, bon nombre des équipements fournis par les entreprises indiennes à l’Afrique, sont fabriqués par des usines implantées sur le continent. L’autre caractéristique de la coopération indienne en Afrique, est l’acquisition d’entreprises africaines et la prise de participations. Cela se chiffre en dizaines de milliards de dollars. L’opération la plus spectaculaire est le rachat des actifs subsahariens de l’opérateur mobile Zain par le géant indien Bharti Airtel.

L’un des autres traits remarquables de la coopération indienne est qu’elle ne se contente plus de ses zones traditionnelles, les pays anglophones et riverains de l’océan Indien. Elle intervient désormais sur tout le continent. L’entrée du géant indien de l’agroalimentaire Iffco dans le capital des Industries chimiques du Sénégal (ICS) en est une parfaite illustration. Il ne faut cependant pas se méprendre. Pour l’Inde, la recherche de matières premières, de pétrole surtout, est l’objectif principal. Voilà pourquoi, au-delà de la recherche du profit, les investissements privés indiens ont également pour mission de rendre le marché africain captif et tributaire des produits indiens. C’est là une des voies efficaces de création de liens objectifs de dépendance économique. Nous avons déjà évoqué, plus haut, les autobus de la marque indienne Tata en Ouganda, où le nom de cette marque est devenu synonyme de bus. Tout en faisant la part des choses entre d’une part, une analyse objective de la coopération indienne qui est certes principalement motivée par les intérêts de l’Inde et d’autre part, les critiques de ceux qui pour des raisons inavouables de concurrence, mettent en exergue ses défauts : corruption, néocolonialisme rampant, etc., l’Afrique doit se donner pour objectif, la mise à profit de cette opportunité de coopération Sud – Sud au mieux de ses intérêts.

Il s’agit en particulier d’orienter les investissements privés indiens beaucoup plus vers l’industrialisation, la création d’infrastructures de qualité, le développement d’une production agricole durable ainsi que le transfert de technologies, de connaissances et de savoir-faire, plutôt que vers la fourniture de matières premières brutes et des échanges commerciaux non générateurs de valeur ajoutée. L’accueil, quasiment sans réserves, accordé aux investissements indiens, doit au moins avoir pour base une coopération de type gagnant-gagnant.

Les échanges ne doivent pas se cantonner dans les domaines de création d’unités de production ou de conclusion de contrats de production et de fourniture de matières premières. Ils doivent également porter sur des accords donnant une bonne place au soutien à la cause des pays africains et des pays en développement en général, dans la lutte pour l’adoption de règles plus justes dans les échanges internationaux, en particulier, au niveau de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
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                   CHRONIQUES
L’INDE ET LA CHINE EN AFRIQUE SIMILITUDES ET DIFFÉRENCES
OPINION
Les mille et un chemin de la renaissance
1960-2010 : le Tchad à l’épreuve des défis de la construction d’un État moderne et de l’édification d’un sentiment national fort
                 TECHNOLOGIES
CAP SUR LES ÉNERGIES RENOUVELABLES
Les changements politiques en cours au Moyen-Orient ont quelque peu occulté, aux yeux des médias occidentaux, le choc ressenti par les populations arabes lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a renforcé la volonté politique d’une mutation progressive des énergies fossiles vers les énergies nouvelles.

Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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