EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
MAROC
La culture doit-elle avoir peur des islamistes   
Mathias Chaillot      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Le petit milieu culturel marocain est-il « moral » ? Depuis une dizaine d’années, il subit les attaques à répétition du Parti justice et développement (PJD), le parti islamiste qui, de film trop cru en pièce de théâtre trop dénudée, crie au scandale. Aujourd’hui au pouvoir, le PJD promet de protéger les libertés individuelles. Les acteurs culturels,eux, se mobilisent.

Il avait promis
« une culture propre ». Le jour même de son élection en novembre 2011, Najib Boulif, alors député du Parti justice et développement (PJD, islamiste), et aujourd’hui ministre délégué chargé des Affaires générales, a provoqué la polémique en imaginant pouvoir encadrer la culture. Depuis, ce petit monde s’est organisé pour continuer à travailler en toute liberté, et semble y parvenir malgré l’installation du nouveau gouvernement en janvier dernier.

C’est pourtant le leader du PJD qui dirige aujourd’hui ce gouvernement. Élu sur la base d’un programme qui promettait de lutter contre la corruption et réduire les inégalités, les pages consacrées à la culture étaient alors bien maigres. Certains s’en sont émus (avec, par exemple, le collectif de La Chaise rouge créé pour interpeller les politiques sur les attentes des acteurs culturels), même si la majorité des votants a donné un blanc-seing au parti. Par le passé, le PJD s’était, en de nombreuses occasions, distingué pour son conservatisme sur ces points, mais son arrivée au pouvoir a changé la donne. Il doit composer avec le Makhzen (le Palais) avec lequel les relations n’ont pas toujours été très bonnes, et ne peut plus se permettre la même liberté de parole.

C’est ainsi que le poste de ministre de la Culture n’a pas été donné à un membre du PJD mais à un parti allié et intégré à la coalition. C’est Mohamed Amine Sbihi, du Parti du progrès et du socialisme (PPS, gauche), personnalité issue d’un parti connu pour son progressisme, qui tient aujourd’hui les rênes de la culture, et il balaye la polémique d’une phrase : « Avez-vous déjà vu une culture sale ? Chacun a le droit de se retrouver dans une expression culturelle qui est la sienne ». Pas de vigilance particulière à avoir, donc, la « culture propre » n’était que des mots, un débat lancé et vite retombé. C’est aussi ce que veut croire Baker Saddiki, le secrétaire général de la Fondation Tayeb Saddiki, du nom du célèbre dramaturge marocain : « Mais il faut toujours rester vigilant au regard des empiétements possibles du pouvoir politique, qu’il soit conservateur ou pas ». Lui se veut confiant : « Le discours populiste aura de moins en moins d’impact du moment que l’on s’attelle à la résolution des problèmes sociaux qui minent de larges franges de la population. ». Quant au responsable d’une grande institution culturelle nationale, nommé par le roi et qui préfère taire son nom pour éviter les conflits d’intérêt, il assure avoir reçu « le total soutien du chef de gouvernement. S’il y avait dérive, je serai le premier à m’en offusquer, mais jusqu’ici, le nouveau gouvernement a annoncé mettre tout en oeuvre pour m’aider. ».

La culture est libre, et doit le rester

Nous n’avons pas pu joindre le député-ministre Najib Boulif pour qu’il s’explique sur le concept de « culture propre », mais il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que beaucoup s’émeuvent. « Une connerie », s’énerve Karim Boukhari, directeur de publication du magazine indépendant Tel Quel et l’un des auteurs du manifeste La culture est libre, et doit le rester, qui vient d’être dévoilé (et signé par des personnalités telles que le prix de Flore Abdellah Taïa, le prix Goncourt de la poésie Abdellatif Laâbi, ou encore Nour-Eddine Lakhmari, le réalisateur de Casanegra). « L’idée de ce manifeste, c’est l’envie de dire “Attention”. Attention parce que le climat non seulement politique, mais surtout social, change. Cela fait plusieurs mois qu’un léger vent de puritanisme souffle sur le Maroc, et l’arrivée des islamistes aux affaires n’est qu’une péripétie parmi d’autres. Elle donne une caution et une légitimité politique au discours conservateur, qui a toujours existé mais sans pouvoir s’imposer ». Avec ce changement de donne, ce n’est donc pas, selon lui, le puritanisme politique qu’il faut craindre, mais ce qui l’a porté au pouvoir. « Avec ce climat, c’est l’art, la culture, et d’une manière générale la liberté d’expression qui se retrouvent pris en étau. ».

L’inquiétude est donc réelle pour ces professionnels qui voient la société s’ériger en rempart moral contre leur travail. Le cas de Un film, de Mohamed Achaouar, en est un exemple frappant : en 2011, avant le changement de gouvernement, le film a été retiré des salles car des spectateurs s’étaient dits choqués et, explique Karim Boukhari, « certains ont menacé d’incendier les salles de projection ». Le film ne resta qu’une semaine, retiré pour « absence de public ». MaRock, de Laïla Marrakchi, eut plus de chance et connut un vrai succès populaire, ce qui ne l’empêcha pas à sa sortie, en 2005, d’être violemment attaqué par le parti majoritaire. Les cinq prochaines années ne devraient être, selon la réalisatrice, qu’une continuité. « C’est le mode de fonctionnement du cinéma en ce moment, avant même l’arrivée du PJD », explique-t-elle. Elle prépare actuellement une nouvelle comédie dramatique dont le tournage débutera bientôt. « C’est sûr qu’ils vont dire des choses atroces, s’amuse-t-elle, mais je ne crains pas la censure ».

Alors le pouvoir va-t-il utiliser le conservatisme ambiant pour appliquer une politique culturelle plus dure ? Karim Boukhari croit bien réel le danger de suivre la vox populi. « C’est une possibilité, et elle est la plus probable », conclut-il. Pour Mohamed Amine Sbihi, pourtant, il n’y a aucune crainte à avoir. « La liberté de création et d’expression sont des principes auxquels nous sommes attachés, rassure le ministre. Ce gouvernement a non seulement son programme qui est clair sur l’aspect de défense de la liberté de création, mais il est rattaché à une Constitution suffisamment claire et précise pour protéger et élargir ces libertés. C’est un faux débat. ».

La nouvelle scène, rien à gagner, rien à perdre

La nouvelle scène musicale marocaine, elle, ne s’inquiète pas. Contrairement au cinéma ou au théâtre, par exemple, qui dépendent autant des subventions que des autorisations officielles pour exercer, les jeunes musiciens n’ont rien à perdre car ils n’ont pour le moment rien gagné. « La musique urbaine ne bénéficie d’aucune subvention publique et a dû “bricoler” depuis des années pour pouvoir créer en s’autoproduisant » ; explique ainsi Dominique Caubet, professeur d’arabe maghrébin qui connaît bien le milieu pour avoir réalisé Casanayda !, un documentaire sur l’essor de la nouvelle scène au milieu des années 2000. « Cette situation que l’on peut bien sûr regretter par ailleurs, a eu au moins le mérite de les rendre indépendants sur tous les plans. ».

Indépendants et libres.

Reda Alali, leader du groupe Hoba Hoba Spirit, une des têtes de pont de cette scène indépendante, continue d’y croire. Pour lui, l’arrivée du PJD ne changera strictement rien, ni à sa condition d’artiste ni à son travail. « Pour qu’il y ait un impact d’un parti sur la réalité d’un musicien, il faudrait qu’il y ait une politique culturelle, explique-t-il. Si on était dans cette logique, il y aurait un levier sur lequel travailler pour modifier notre création. Mais ce levier n’existe pas, car il n’y a pas d’aide à la création. ».

Pour tous ces groupes, en effet, la culture se pratique directement du producteur au consommateur. Enregistrés la plupart du temps chez eux, et avec peu de moyens, les albums sont diffusés par Internet, et les seules sources de revenus proviennent des concerts, rendus difficiles par le manque de salles. Le téléchargement, et surtout le piratage massif et public des albums et des DVD les prive de toute rentrée d’argent, sans compter l’absence de politique de droits d’auteur. « À la limite, enchaîne Dominique Caubet, les artistes connus peuvent craindre leur non-programmation dans tel ou tel festival, dont la plupart sont financés par des institutions publiques et que les directeurs artistiques sont proches du pouvoir ».

Pas de quoi, donc, imaginer une quelconque censure, et encore moins autocensure. Car si le PJD n’a pas de levier sur lequel agir, les mentalités, elles, ont été préparées depuis longtemps à son arrivée au pouvoir.

En 2007, Hoba Hoba Spirit avait ainsi créé un morceau qui pourrait se traduire par La Connerie, pour parler du discours idéologique conservateur ambiant. « Tout ça existe depuis des années. Cette façon de pointer du doigt les musiques non conformes, les comportements non conformes, c’est une tendance de fond. L’arrivée de ce gouvernement n’est que la manifestation de cette tendance. ». Et Reda Alali d’enchaîner : « Ce n’est pas un manque de politique culturelle, en fait. C’est une politique de lutte contre la culture ».

Mawazine, « show de prostituée » et « homosexualisation de la société »

Autre cible du PJD, le festival Mawazine. Principal festival de musique du Maroc, il voit chaque année défiler pendant une semaine des stars internationales, de Sting à Mika en passant par Stevie Wonder ou Whitney Houston.

En 2010, Mustapha Ramid, le président du groupe parlementaire PJD, disait refuser la venue d’Elton John, accusé d’« encourager l’homosexualité au Maroc ». Le journal officiel du parti, Attajdid, avait alors clairement pris position en évoquant dans ses pages un complot pour « homosexualiser » le pays. Elton John, connu pour adapter la durée de ses concerts à l’ambiance et à l’accueil du public, se produisit finalement et chanta sans discontinuer pendant trois heures, avec de multiples rappels.

L’année suivante, ce sont les déhanchés de Shakira qui déplurent à Bassima Hakkaoui, alors députée et aujourd’hui ministre PJD, au sujet des « milliards » dépensés pour un « show pornographique ».

Cette année encore, la préparation du festival a donné lieu à polémique. Un autre ministre, Habib Choubani, s’est étonné que Mawazine soit diffusé sur les chaînes publiques « à un moment où les élèves et étudiants préparent leurs examens ». Reste qu’il y a peu de chances que cet événement organisé par Mohamed Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi Mohammed VI, soit ébranlé. D’autant que les organisateurs ont décidé cette année de se passer des sponsors publics pour faire taire les détracteurs. « Faux débat, tranche le ministre de la Culture. Il [Mawazine] attire deux millions de spectateurs, dix fois plus à la télé, il n’existerait plus s’il ne répondait pas à une attente du public. ».

Pour le ministre, ces polémiques ne viendront en rien compromettre une véritable politique culturelle. « On ne passe pas d’une société de tutelle à une société responsable en un claquement de doigts. C’est ce que nous essayons de faire, mais sereinement. Alors il y aura des clashs, d’autres déclarations comme ça, mais ce ne seront que des clashs qui n’impacteront jamais la vie politique de ce pays. Il n’y a pas péril en la demeure ».

Tous ont aujourd’hui envie de le croire… sans baisser la garde pour autant.
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La culture doit-elle avoir peur des islamistes
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CAP SUR LES ÉNERGIES RENOUVELABLES
Les changements politiques en cours au Moyen-Orient ont quelque peu occulté, aux yeux des médias occidentaux, le choc ressenti par les populations arabes lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a renforcé la volonté politique d’une mutation progressive des énergies fossiles vers les énergies nouvelles.

Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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