EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Grand dossier
BOLLYWOOD À LA CONQUÊTE DU MONDE   
Mathieu Molard      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Grand dossier Inde

Ses 3,5 milliards de tickets vendus font de l’Inde le plus gros marché cinématographique en volume, loin devant l’Amérique du Nord. Mais si Bollywood* veut maintenir sa croissance annuelle de 16 %, il lui faudra développer ses exportations et s’ouvrir de nouveaux marchés.

Les films de Bollywood
sont très populaires en Afghanistan, et nous espérons que des célébrités indiennes pourraient être invitées à s’y rendre ». La demande aurait pu paraître anodine si elle n’émanait pas directement de la diplomatie américaine. Dans ce câble daté de mars 2007 et révélé par Wikileaks, Washington l’évoque comme une « idée concrète qui permettrait à l’Inde d’utiliser son soft power pour aider à la reconstruction de l’Afghanistan »1.

Pour comprendre l’importance de la production audiovisuelle indienne en Afghanistan, il suffi t de se glisser chez une famille de Kaboul à l’heure de la diffusion du feuilleton Saas Bhi Kabhi Bahi Thi. Près de 90 % des foyers équipés de télévision se pressent quotidiennement derrière le petit écran2 pour suivre l’interminable drame articulé autour du conflit entre une belle-mère et sa belle-fille. Un thème cher au cinéma indien qui, bien souvent, part d’un fait social « quasi-naturaliste, [pour] le traiter avec la plus grande distanciation »3. Partir du quotidien pour faire rêver donc. Une formule associée à la proximité culturelle entre l’Inde et l’Afghanistan qui permet d’expliquer le succès de son cinéma dans ce pays comme chez ses voisins : au Bangladesh, au Sri Lanka et au Népal. Même l’éternel rival pakistanais n’échappe pas à l’engouement, et ce malgré l’interdiction des films indiens entre 1965 et 2007.

La neutralité politique au service du cinéma

Plus surprenant peut-être, le cinéma indien séduit au-delà des frontières de cette zone culturelle relativement homogène. Ainsi Kristian Feigelson4, professeur de sociologie du cinéma à l’université Paris III, se souvient-il d’une de ses élèves, d’origine russe, « qui connaissait le cinéma indien bien mieux que moi ! », alors même qu’il est spécialiste du genre. L’explication est à chercher dans l’histoire commune des deux pays. En 1971, pour contrer le rapprochement de la Chine et du Pakistan avec les États-Unis de Nixon, Indira Gandhi signe avec l’URSS un « traité d’amitié, de paix et de coopération ». D’un point de vue économique, « l’URSS industrialise l’Inde qui lui vend des textiles, de l’engrais et du cinéma ». Dans un État fermé aux productions hollywoodiennes, la neutralité politique du cinéma indien est appréciée. Si, bien sûr, le succès du cinéma bollywoodien a largement décliné depuis la chute de l’Union soviétique, il demeure des liens entre les deux pays. En 2005, la romance Lucky : No Time For Love est tournée à Saint-Pétersbourg, ce qui lui assurera un succès d’estime en Russie.

La neutralité politique de son cinéma a également permis à l’Inde de diffuser ses productions en Égypte, d’autant que « le pays est friand de comédies musicales » explique Kristian Feigelson. Plus récemment, c’est en Turquie, et surtout en Iran, que Bollywood vient pallier la faiblesse ou l’absence des productions américaines. Autres terres de succès : les pays arabes du Moyen-Orient. Bien sûr en partie pour ces mêmes raisons politiques, mais aussi en raison de facteurs culturels. Si en Arabie saoudite, le cinéma de Bombay envahit les écrans, c’est qu’il est bien plus conforme à l’islam pratiqué dans le pays. Absence de sexualité explicite et regard conciliant porté sur la tradition lui ouvrent les portes de la région. Comme l’expliquent Monique Daniaud et Kristian Fiegelson, « les tensions ne tournent jamais en déchirement tragique, et trouvent leur finalité lorsque tradition et modernité s’équilibrent. En ce sens, la vision que véhicule ce cinéma sur les coutumes locales est tendrement critique ».5



Présence quasi hégémonique dans les pays limitrophes, liens historiques avec la Russie et l’Égypte et une influence grandissante au Moyen-Orient, la carte des exportations du cinéma indien semble suivre les contours de la diplomatie de la douzième puissance mondiale. Mais le tableau ne saurait être complet sans évoquer ses relations avec son grand rival asiatique : la Chine. Depuis 2005 et la signature d’un accord bilatéral contribuant à apaiser les tensions territoriales qui minaient leur relation, les deux puissances ont amorcé un rapprochement diplomatique et économique. Cinq ans plus tard, le gouvernement chinois donne son accord pour une première production chinoise d’un film bollywoodien. Les films indiens sont déjà très populaires en Chine, bien qu’accessibles uniquement grâce aux copies pirates. L’accord validé par Pékin, porte sur un projet de 10 millions de dollars, soit un coût équivalent à celui de Devdas, jusqu’alors plus grosse production du cinéma indien. Une superproduction donc, tournée dans les deux pays, avec quelques-unes des plus grandes stars indiennes, par le réalisateur chinois Tony Cheung, pour ouvrir les portes d’un marché au potentiel immense6.

Bollywood, une industrie en pleine croissance

Malgré une influence grandissante à l’international, le cinéma indien repose encore principalement sur son marché intérieur. Seuls 10 % de ses revenus pro- viennent de l’étranger. Ses 3,5 milliards de tickets vendus en 2009 font de l’Inde le plus gros marché cinématographique en volume, loin devant l’Amérique du Nord (1,5 milliard de tickets pour les États-Unis et le Canada). L’industrie hollywoodienne reste cependant le plus gros marché en valeur : les recettes des salles atteignent plus de 10 milliards de dollars contre environ 1,5 milliard de dollars en Inde. Cette même année, 90 % des recettes sont allées aux 1 288 longs métrages produits dans le pays, les 10 % restants étant presque intégralement captés par les productions américaines. Et malgré une année 2008 difficile – à peine plus de 800 films tournés – l’industrie du cinéma affiche une santé économique florissante. Pour l’année fiscale 2010-2011, sa croissance était de 16 %, alors que la croissance globale de l’Inde était de 8,4 %.

Une progression d’autant plus solide qu’elle repose sur une industrie assainie. Jusqu’au début des années 2000, la majorité des films est financée par des producteurs individuels, souvent d’anciens acteurs ou réalisateurs. Depuis, des entreprises de spectacles – dont certaines cotées en bourse – ont investi le secteur. À l’image des mécanismes de production américains ou européens, elles s’appuient sur des capitaux issus d’autres secteurs économiques (banque, télécoms, bâtiment, construction…). De nouveaux entrants, plus rigoureux et surtout plus transparents. Jusque-là, Bollywood avait la réputation de servir massivement au blanchiment d’argent sale. En 2001, le Central Bureau of Investigation avait même saisi toutes les copies du film Chori Chori Chupke, après avoir découvert que l’intégralité du film était financée par la pègre de Bombay.

L’Europe et l’Amérique dans le collimateur

« Je suis très optimiste sur l’avenir du cinéma indien » explique Yash Chopra, le plus important producteur de films Bollywood. Pour les professionnels, tous les indicateurs sont donc au beau fixe et les investisseurs parient sur une croissance continue du secteur, en grande partie basée sur les progrès de l’exportation, pendant les dix ans à venir. « L’Inde sera bientôt une grande puissance, s’exportera partout, et le cinéma fera certainement partie de ce mouvement », explique Yash Chopra. En ligne de mire, l’Europe et les États-Unis.

En Amérique du Nord déjà, Bollywood a su se tailler une place non négligeable puisqu’il représente le troisième pourvoyeur de films (derrière Hollywood et le cinéma anglais). Un succès en trompe l’oeil, puisqu’aux États-Unis comme en Angleterre, le cinéma indien peine à séduire au-delà de la diaspora, même si le mouvement semble s’amorcer. « En 2004 et 2008, deux spectacles, des comédies musicales bollywoodiennes ont connu un large succès populaire et médiatique aux États-Unis. Elles ont posé les bases d’une reconnaissance de la culture indienne au-delà de la diaspora. Depuis son cinéma rencontre un succès grandissant dans le pays », explique Ahuti Arya, étudiante à Paris III et auteur d’un mémoire sur les réseaux de distribution et de diffusion des films indiens.

À l’exception de l’Angleterre, l’Europe reste pour l’instant quasiment hermétique au cinéma populaire indien. « En France par exemple, les quelques films qui sortent en salle arrivent deux ans après leur sortie en Inde. La diaspora les a donc déjà vus », explique Ahuti Arya. Le cinéma d’auteur réussit quelques percées sporadiques grâce au réseau des cinémas labellisés « art et essai », et aux festivals. On peut ainsi citer Le mariage des moussons, Lion d’or à Venise en 2001, qui a enregistré un peu plus de 28 000 entrées en France.

Mais si Bollywood n’arrive pas à s’imposer auprès des grands réseaux de distribution, seuls accès au grand public, c’est que pour le moment les cinéastes ne font en réalité que peu de concessions pour s’approcher d’une facture hollywoodienne. Ainsi la durée moyenne des films, 2 h 30, est-elle incompatible avec la cadence des séances. De plus, participer au casino occidental des images nécessite d’adapter la création mais « les auteurs rechignent à trop concéder sur les partis pris esthétiques et narratifs ou sur les sujets », principalement par peur de ne plus rentabiliser le film sur leur marché domestique.

Toutefois, l’émergence d’une nouvelle classe moyenne urbanisée, estimée à plus de 240 millions de personnes, pourrait changer la donne. Les scénarios changent et reflètent l’évolution sociale de ces catégories dont les préoccupations et les modes de vies se rapprochent de plus en plus de ceux des habitants des villes européennes ou américaines. Le jeu de la mondialisation culturelle fonctionne donc dans les deux sens.

*Le terme « Bollywood » est un mot-valise combinant l’initiale de Bombay, ancien nom de la ville appelée officiellement Mumbai et de Hollywood. Par extension, il est souvent utilisé pour désigner l’ensemble de la production cinématographique indienne.

1. « Wikileaks : Bollywood Wanted for Afghanistan Propaganda Effort », The Hollywood Reporter, 20 décembre 2010 http://www.hollywoodreporter.com/news/wikileaks-bollywood-wanted-afghanistan-propaganda-61602
2. L’Inde et le soft power Par Vaiju Naravane, journaliste, correspondante à Paris pour l’Europe du quotidien indien The Hindu. Publié sur le site internet de l’INA http://www.ina-sup.com/ressources/inde-et-le-soft-power
3. « Bollywood avant Bollywood » par Eric Phalippou, revue CinémAction n°138
4. Coordinateur de « Bollywood, industrie des images », revue Théorème n°16, à paraître en octobre 2012.
5. « Le cinéma indien, fer de lance d’une industrie du divertissement » par Monique Daniaud et Kristian Fiegelson, revue CinémAction n°138
6. Quotidien The Hindu, 25 décembre 2010.
7. Selon le rapport de KPMG India, commandé par la Fédération indienne des chambres de commerce et d’industrie.
8. Propos recueillis par Ophélie Wiel, revue CinémAction n°138
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La culture doit-elle avoir peur des islamistes
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CAP SUR LES ÉNERGIES RENOUVELABLES
Les changements politiques en cours au Moyen-Orient ont quelque peu occulté, aux yeux des médias occidentaux, le choc ressenti par les populations arabes lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a renforcé la volonté politique d’une mutation progressive des énergies fossiles vers les énergies nouvelles.

Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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