EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Grand dossier - Terres immenses, ressources naturelles et agriculture expansive, géant agricole
Heurs et malheurs de l`expansion agricole   
Julia Van Aelst      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Grand dossier Brésil

Ses terres immenses, ses ressources naturelles et son agriculture expansive ont fait du plus grand pays d’Amérique latine un géant agricole, capable d’empiéter sur des puissances historiques comme l’Europe ou les États-Unis. Comment le Brésil est-il devenu la « ferme du monde » en une trentaine d’années ? Et le pays fait-il face aujourd’hui aux limites de son système ? Enquête.

Le Brésil contemporain figure parmi les grandes puissances agricoles du monde, mais sa prédominance en la matière est relativement récente. Pendant une longue période, le pays s’était spécialisé dans quelques productions héritées de l’époque coloniale, comme la culture de la canne à sucre, introduite par les Portugais dès le XVIe siècle, ou celles du café et du cacao. Et même si, à partir des années 1960, le secteur agroalimentaire s’est lentement développé, l’agriculture a été négligée sous la dictature militaire qui a duré jusqu’à 1985. On considère alors ce secteur comme de la nourriture à bon marché pour la population urbaine, et comme un apport de ressources pour l’industrie.

Mais au milieu des années 1980, le pays est confronté à de fortes turbulences économiques. Sa monnaie, le réal, est très instable, et le pays doit assumer une forte dette. Afin de stabiliser son économie et d’accroître sa compétitivité, la décision est prise de miser sur un secteur défini : l’agriculture. Car en arrière-plan, l’idéologie du libéralisme économique à tous crins a gagné les pays occidentaux et pour les économistes et les dirigeants politiques, il est de bon ton de prêcher l’ouverture des marchés en supprimant tout obstacle au libre-échange. Être compétitif devient une nécessité absolue.

L’essor du secteur agricole brésilien procède d’une volonté politique que Brasilia a minutieusement soutenue et encadrée. Selon Bastien Gibert, conseiller pour le cercle de réflexion agricole Momagri, « l’image d’Épinal selon laquelle l’État n’intervient pas dans une agriculture brésilienne entièrement libérée de toute entrave aux échanges ne tient pas ». En réalité, les gouvernements successifs ont largement investi dans ce secteur pour qu’il se développe rapidement : modernisation des infrastructures, formation, recherche et développement…

Dès lors, Brasilia entame la première étape de sa conquête commerciale : exporter vers ses voisins d’Amérique latine. D’où la création du Mercosur, marché commun fondé par le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay en 1991. En 1995, le pays devient membre de l’Organisation mondiale du commerce. Une deuxième étape est franchie, celle de l’ouverture commerciale et de l’exportation mondiale.

Depuis, le succès a été fulgurant. En seulement trente ans, le Brésil est devenu la nouvelle « ferme du monde », gagnant une stature mondiale pour la production et l’exportation des grandes denrées agricoles : quatrième exportateur de produits agricoles en 2010, leader pour l’exportation de soja, de viande, d’éthanol. Le Brésil est également au premier rang de la production de jus d’orange, de sucre et de café et au second pour la volaille. Les exportations agricoles représentent alors 40 % de l’excédent commercial du Brésil et le secteur agroalimentaire contribue à environ 25 % du PIB du pays1. Mais quelles ont été les clés de ce succès ?

De gigantesques terres arables

Si le Brésil est devenu un « géant vert », c’est avant tout parce que le pays bénéfi cie de ressources naturelles incomparables : un territoire immense, des pluies tout au long de l’année, des températures propices à l’agriculture dans la plupart des régions. Les terres agricoles, peu chères, représentent 31 % du territoire2 et les terres arables, 610 000 km2, soit quasiment la superfi cie de la France3. Mais ce n’est pas tout : Brasilia peut éga- lement compter sur une main-d’oeuvre bon marché.

Tous ces avantages ont été renforcés par un train de mesures : « des aides au développement des filières et notamment à celle des biocarburants, des soutiens aux investissements et aux financements et enfin, une maîtrise des approvisionnements dans les régions », rappelle Bastien Gibert. Des aides couplées à des prix garantis, que complètent un large système de stockage et surtout, une forte dévaluation4 de la monnaie qui a permis de dynamiser les exportations. Rien n’a été laissé au hasard pour rendre le secteur compétitif. Et pour que le Brésil devienne un grand parmi les grands sur la scène internationale.

À tel point que le pays, devenu une grande puissance agricole, veut se faire entendre dans les instances politiques. À l’OMC, au G20, au Mercosur ou à la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), il n’est plus possible de négocier sans lui. D’ailleurs le pays accueillera le sommet du G20 en 2012 et que c’est le Brésilien José Graziano da Silva qui dirige la FAO. Une consécration.

Pourtant, malgré cette fulgurante montée en puissance du Brésil, des failles commencent à apparaître, des limites sociales, environnementales et économiques qui forcent à s’interroger sur la pertinence des choix effectués.

Quelles conséquences pour les biocarburants ?

« C’est dans ce décor rural, à 500 kilomètres au nord-ouest de São Paulo, que l’après-pétrole a commencé… il y a trente ans. Une formidable révolution agro-industrielle stimulée par l’éthanol, le nouvel “or vert”, obtenu à partir de la canne à sucre, et désormais massivement utilisé par les automobilistes brésiliens » 5, rapporte en 2005 le journaliste français Yves-Michel Riols qui effectue un reportage sur la production d’éthanol, nouvelle énergie issue de la canne à sucre, censée remplacer le pétrole en tant que carburant pour les automobiles. Ce sont d’abord les voitures brésiliennes qui ont roulé avec cette énergie. À l’époque, 20 millions d’automobilistes brésiliens l’utilisaient déjà tous les jours.

Puis le reste du monde a commencé à découvrir les vertus de cette énergie prétendument soucieuse de l’environnement. « À l’heure où le prix du baril de brut s’envole et où la pollution devient un enjeu de santé publique, l’éthanol présente un triple avantage sur l’essence : il est moins cher, plus propre et renouvelable à volonté », commentait Yves-Michel Riols. Des considérations économiques et environnementales qui ont poussé nombre de pays à se tourner vers ce carburant « vert ». Le Brésil s’est taillé la part du lion dans cette nouvelle quête énergétique, faisant tout pour devenir « l’Arabie saoudite du biocarburant et conquérir les pompes américaines » 6. Car le pays, grand cultivateur de canne, est devenu en quelques années le premier producteur et le premier exportateur mondial de sucre et d’éthanol.

La culture des biocarburants est donc devenue intensive, avec des conséquences aussi bien sur l’environnement que sur la stabilité des marchés internationaux. Le Brésil est la cible de critiques répétées pour sa pratique de déforestation de l’Amazonie. En juin 2009, l’ancien président américain Bill Clinton participe à un sommet sur l’éthanol. Il déclare alors : « Ce qui inquiète les gens à propos du Brésil, ce n’est pas de savoir s’il a le biocarburant le plus efficient du monde… car tout le monde sait que c’est vrai […] Mais si nous laissons le Brésil nous aider à résoudre nos problèmes par une destruction toujours plus importante de la forêt tropicale, allons-nous gagner au change ? ». L’inquiétude de Bill Clinton semble fondée puisque les dernières études indiquent que 75 % des émissions de CO2 du Brésil proviendraient de la déforestation et de la production agricole. Car les arbres absorbent le C02 et le rejettent dans l’atmosphère lorsqu’ils sont brûlés, coupés, ou qu’ils pourrissent.

De plus, certains économistes ont souligné le rôle de la production de biocarburants dans les « émeutes de la faim » de 2008. La forte hausse du prix de denrées de base comme le riz ou le sucre avait entraîné des politiques et des émeutes dans certaines régions pauvres du monde. Selon un rapport de la Banque mondiale7 publié par The Guardian en juillet 2008, les agro-carburants auraient été à l’origine de 75 % de la hausse des prix alimentaires. Car une grande partie de la production sucrière aurait été utilisée pour les biocarburants aux dépens de l’alimentation, ce qui aurait entraîné une hausse des prix. Une accusation claire à l’époque. Le débat reste toujours ouvert entre scientifiques et économistes à propos de la pertinence d’un tel choix.

Paysans sans terre contre agro-business

Selon Bastien Gibert, « la gestion des ressources naturelles mais également du foncier » fait partie des grands problèmes auxquels le Brésil est confronté actuellement. Et qui dit gestion du foncier, dit « équilibre entre les différentes catégories de producteurs, entre les paysans et les firmes d’agro-business ».

En effet, les paysans ne sont pas propriétaires de leurs terres, ce qui créé un système profondément inégalitaire et socialement instable. Ce système est une survivance de la colonisation. Quand les Portugais envahirent le Brésil au début du XVIe siècle, ils divisèrent la terre en grandes propriétés qui furent offertes à des aristocrates. Depuis, ce ne sont plus eux mais les grandes firmes agroalimentaires qui possèdent la majorité des terres. Ce système perdure : en 2004, 1,7 % des propriétaires occupait 44 % des terres cultivables, alors que 75 % des paysans ne s’en partageaient que 12 %. Face à ces inégalités, les petits agriculteurs ne sont pas restés les bras croisés. Il y a vingt-cinq ans le Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (Mouvement des sans-terres, MST) est né. Son mot d’ordre ? La redistribution par le biais d’une réforme agraire et l’exigence d’un changement social au Brésil. Avec les années, l’action du MST s’est développée et est devenue, au grand dam des gouvernements successifs, incontournable. L’arrivée de Lula au pouvoir, en 2002, a suscité l’espoir, mais l’ancien syndicaliste proche du Movimento a finalement cédé à la pression des firmes d’agro-business.

La présidente, Dilma Rousseff, arrivera-t-elle à lancer cette réforme tant attendue, au risque d’alimenter les tensions sociales au sein du pays ? Car en plus de gérer cette question, la présidente devra également remédier au déclin des agriculteurs dans la population active8 et résoudre la question de la dette agricole9 du pays. Au fil des années, l’État s’est en effet lourdement endetté auprès des petits paysans.

Dans le Brésil contemporain, l’état du secteur agricole est donc loin d’être radieux. Les agriculteurs sont moins nombreux, les paysans en colère, et l’État leur doit beaucoup d’argent. Que se passera-t-il s’ils décident de se soulever ? Voire d’exiger que l’État règle enfin ses dettes ?

Enfin, s’opère une prise de conscience au sujet « des effets néfastes d’une mondialisation et d’une libéralisation non régulée des échanges agricoles », constate Bastien Gibert. Les récentes prises de position de Brasilia dans le cadre du sommet du G20 de 2011 sont sans équivoque. Comme la France, le Brésil a manifesté son désir d’une meilleure régulation des marchés agricoles mondiaux. Et afin de limiter l’arrivée de « spéculateurs » étrangers souhaitant acheter des terres agricoles sur son territoire, le gouvernement a récemment modifié la loi.

Le Brésil ? Une agriculture puissante et ouverte, mais sous conditions…
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Les changements politiques en cours au Moyen-Orient ont quelque peu occulté, aux yeux des médias occidentaux, le choc ressenti par les populations arabes lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a renforcé la volonté politique d’une mutation progressive des énergies fossiles vers les énergies nouvelles.

Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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