EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Atterrissage en perspective pour l’économie turque   
Matthieu Chaumet      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Après deux années de croissance à vitesse de croisière, le PIB turc va connaître un ralentissement en 2012. Il ne s’agit ni de surchauffe ni de récession, juste d’un retour sur terre. Pour cette année, les prévisions varient entre 2 % et 4 % de progression de la richesse nationale. Plus que par des contingences conjoncturelles qui ne sont certainement pas à négliger, comme la crise de la dette de l’Union européenne, la Turquie paie certaines de ses lacunes structurelles qui pénalisent la pérennité d’une croissance soutenue. Peut-être est-il l’heure, pour le gouvernement, de lancer le pays dans une nouvelle phase afin de gagner en compétitivité.

Nuages en vue dans
le ciel radieux de l’économie turque. Après une année 2010 euphorique (+8,9 % de croissance), qui a placé la Turquie sur le podium des économies émergentes, et une année 2011 très satisfaisante (+6,6 %, prévision du FMI), la croissance donne des signes d’affaiblissement. On assiste à un retour aux réalités de part et d’autre du Bosphore. En langage de spécialiste, il s’agit d’un atterrissage de l’économie turque. Le vaisseau Turquie a atteint une vitesse qui dépassait ses capacités suscitant un accès d’inquiétudes. L’heure est à la reprise en main.

Les experts divergent sur la nature de l’atterrissage. Brutales ou en douceur, les prévisions varient selon que l’on soit au FMI d’une part, ou au gouvernement et à la banque centrale turcs d’autre part, comme l’explique l’économiste Seyfettin Gürsel, professeur à l’université de Bahçesehir. « Le FMI défend l’hypothèse d’un “hot landing” avec un taux de croissance de 2 % pour 2012, qui a d’ailleurs été revu à la hausse à 2,3 %. Vu de Turquie, le “soft landing” situé à 4 % est un objectif bien évidemment souhaitable mais aussi jugé réalisable ». La fourchette basse que défend le FMI veut à tout prix être évité par le gouvernement. Seyfettin Gürsel analyse trois facteurs défavorables pour l’économie turque, en cas d’hypothèse basse : « Le chômage augmentera sensiblement, le déficit du compte-courant ne pourra pas être réduit et le taux d’inflation ne sera pas maîtrisé à un taux raisonnable. »

Le temps du « Tout est possible »

Au-delà de ces préoccupations pour l’année en cours, la Turquie a besoin de stopper la croissance en dents de scie qu’elle connaît depuis quelques années, même si elle a été constituée de grands hauts et de petits bas. Pour preuves, les effets de la crise financière de 2008 en Turquie et la reprise économique consécutive. Le PIB turc s’est contracté de 4,8 % en 2009 et s’est accru de 8,9 % en 2010. Après l’euphorie, et tout en évitant de nouvelles chutes spectaculaires, les décideurs économiques souhaitent stabiliser la croissance à un niveau élevé et tenable à moyen terme. Car les succès d’hier ont eu pour socle une forte demande intérieure, essentiellement consommatrice de produits importés, avec pour conséquences l’accroissement du déficit extérieur, du compte-courant, et une flambée de l’inflation. Pour résoudre ce problème, c’est d’un ajustement dont l’économie à besoin. Le gouvernement qui a basé sa popularité sur la stabilité et la prospérité économique est donc attendu au tournant. Jusqu’à présent il a globalement obtenu de bons résultats, mais il s’est également aventuré sur le terrain des promesses extraordinaires.

Il n’y a pas si longtemps de cela, le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, en campagne électorale pour sa reconduite à la tête du gouvernement, au printemps 2011, multipliait les promesses grandioses. Avec un PIB au firmament de sa croissance, (11,5 % au premier trimestre 2011), le chef du gouvernement n’avait pas hésité à sortir l’artillerie lourde. Il a littéralement vendu du rêve aux électeurs turcs. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec 49,9 % des votes, le projet a fait mouche.

La recette de ce succès : un mélange de fierté, de symboles nationaux et d’objectifs chiffrés à la portée de tous. Le cap est fixé à 2023, année du centenaire de la République de Turquie. Au menu des festivités : un taux de chômage à 5 % contre 11,5 % niveau maintenu depuis un an, 25 000 dollars de PIB par tête contre à peine plus de 10 000 dollars en 2010, soit une belle augmentation à la clef, et la 10e place au classement des économies mondiales alors que la Turquie est actuellement 17e. Mais aussi des projets urbanistiques de grande ampleur,avec comme bouquet final de ce feu d’artifices de promesses le creusement d’un deuxième Bosphore, le fameux Kanal Istanbul, évalué à 50 milliards de dollars, mais dont le financement ne serait pas un problème selon le tribun de Kasimpasa (quartier d’Istanbul dont Recep Tayyip Erdogan est originaire). En bref, la vie en rose.

C’était en mai 2011, en pleine campagne électorale. Certes, le premier ministre candidat a un peu trop forcé sur les promesses mais le bilan économique de la décennie AKP (Parti de la justice et du développement) parle pour lui. La croissance frôle les 5 % de moyenne, malgré la récession de 4,9 % en 2009. De même que pour le chômage, qui a globalement baissé, malgré une remontée en 2009, en passant brièvement sous la barre des 10 % (actuellement autour de 11,5 %). La dette publique a quasiment été divisée par deux, passant de 74 % du PIB en 2001 à 40 % en 2011. Ce sont ces bons résultats qui ont donné et donnent encore aujourd’hui de l’optimisme aux Turcs. En 2002, quand l’AKP arrive aux commandes, le pays sort d’un tremblement de terre terriblement meurtrier en 1999 (27 000 morts) qui a touché Istanbul, d’une crise financière en 2001 qui a failli causer la banqueroute de son système bancaire. Contrôler l’inflation a été un enjeu prioritaire tout au long de la décennie écoulée, ce à quoi le gouvernement est parvenu en la limitant en dessous des 10 %.

Une conjoncture défavorable, mais pas tant que ça

Or sur l’ensemble de l’année 2011, l’inflation a dépassé ce seuil symbolique et les premiers mois de 2012 confirment cette tendance. Un grain de sable qui vient enrayer la machine turque qui fonctionnait à plein régime ? Pas seulement. Ce sont les rouages de l’économie turque qui comportent des défauts structurels. Le pays importe plus qu’il n’exporte. Les deux années de consommations intensives ont creusé le déficit extérieur ce qui a entraîné un déficit du compte-courant (10 %, un niveau très élevé). L’un des effets visibles en a été la dépréciation de la livre turque par rapport au dollar (-22 % sur l’année 2011) et le retour de l’inflation précédemment cité, que la banque centrale s’efforce de contrôler.

Même si l’objectif fixé par le gouvernement de maîtriser l’inflation à 5 % paraît encore très lointain, quelques signes positifs permettent encore d’être optimiste. Malgré la crise de la dette dans l’Union européenne, la Turquie qui est très dépendante du marché européen a réussi en 2011 à réduire la part de ses exportations vers cette zone (46 %) tout en augmentant sa valeur absolue de 22 %. Cette même année, la Turquie a accru de 18,2 % ses exportations avec l’ensemble de ses partenaires. Ces bons résultats seront difficiles à maintenir avec les maigres perspectives de croissance dans la zone euro. Le pays est parvenu à diversifier partiellement ses échanges et à réduire sa dépendance vis-à-vis de l’Union européenne malgré les chutes brutales d’exportations vers la Syrie et la Libye en raison des « Printemps arabes ». Mais ces pertes ont été compensées par l’accroissement des échanges avec l’Égypte, la Tunisie, l’Afrique subsaharienne, et surtout avec l’Irak (38 % d’augmentation en un an). La Turquie a exporté plus massivement en 2011 et se fait une véritable place sur les marchés moyen-oriental et nord-africain qui représentent un quart de ses exportations.

Un déficit de compétitivité et des lacunes persistantes

La mauvaise nouvelle, c’est que les importations ont elles aussi progressé, et elles pèsent lourd sur le déficit extérieur (70 % avec l’Europe). Dans certains secteurs la Turquie est extrêmement dépendante des importations. L’énergie plombe sa balance commerciale. La tension actuelle sur les prix du baril, l’embargo sur le pétrole iranien, sont ressentis directement dans le pays. Sans parler d’un éventuel conflit entre Israël et l’Iran.

Malgré tout, le marché turc reste attractif pour les investisseurs. En 2011, les investissements étrangers ont progressé de 35 %. Ils baisseront en 2012 en raison de la crise de la dette, mais aussi parce que le taux de progression des investissements étrangers ne peut pas se maintenir indéfiniment à un niveau si élevé. L’euphorie a atteint ses limites.

Cette constatation vaut pour la plupart des secteurs de l’économie turque. L’atterrissage ou l’ajustement est proche. Mais malgré les multiples réussites engrangées au cours de la dernière décennie, certains handicaps persistent. S’ils ont longtemps pu être masqués ou jugés non prioritaires, ils compteront à l’avenir. En particulier le déficit extérieur qui traduit un manque de compétitivité du secteur industriel. Pourtant bien développé dans le textile, l’automobile et la pétrochimie, la Turquie qui entre dans la cour des grands doit faire face à des mastodontes de l’industrie que sont l’Allemagne, la Chine et le Japon pour ne citer qu’eux.

Quelques réalités sociales et économiques, si elles n’évoluent pas, hypothèquent à moyen terme les chances du pays de devenir une économie de premier plan. Dans le secteur de la recherche et développement, le retard est immense. Le taux moyen de scolarisation est de sept ans en Turquie, ce qui est encore trop faible, et bien en dessous des économies développées comme de certains de ses concurrents émergents. Concernant les femmes, leur taux d’emploi – hors agriculture – est de moins de 25 %, ce qui constitue un potentiel inexploité et jette le doute sur le taux de chômage effectif.

Mais le principal fléau économique reste l’évasion fiscale. Fraudes fiscales de grande ampleur, impôts impayés, travail non déclaré à la sécurité sociale (30 %). Les impôts directs ne rentrent pas suffisamment dans les caisses de l’État. Avec pour conséquences le repli sur les impôts indirects et un frein à la compétitivité comme l’explique Seyfettin Gürsel : « En moyenne dans les pays de l’OCDE la part des impôts directs est de 55 % et indirects 45 %. En Turquie le rapport passe de 35 % d’impôts directs à 65 % pour les impôts indirects. Cela augmente les coûts et fait baisser la compétitivité. L’État va devoir réformer la fiscalité et le marché du travail. Les projets sont prêts mais ils restent dans les cartons ». Les impôts indirects comme la TVA pèsent davantage sur les classes moyennes et populaires.

Une croissance durable dans le pays passe donc par une réduction des inégalités sociales, très élevées et très peu rééquilibrées par l’impôt et la redistribution (comme le montre son indice de Gini évalué à 42 %, l’un des plus élevés de l’OCDE), et par l’établissement d’une justice fiscale qui n’existe pas pour l’heure. Reste à convaincre le gouvernement de se risquer à une réforme susceptible d’être impopulaire auprès des chefs d’entreprises et du patronat, ses principaux soutiens.
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