EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Oulan-bator tiraillée entre moscou et pékin   
Maylis Jean-Préau      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Enclavée au milieu de ses puissants voisins russes et chinois, la Mongolie est une terre presque incultivable, peuplée de quelque 2,7 millions d’habitants. Pourtant, depuis les années 2000, ses richesses minières en font un territoire très convoité, en particulier par la Chine qui compte bien remplacer la Russie dans son rôle de « grand-frère » dans la région.

La Mongolie serait-elle un
pays riche ? Ses gisements d’or, de charbon, de pétrole, de molybdène et de cuivre sont à l’origine d’une véritable ruée vers l’or. Grâce à eux, la croissance est repartie à +6,5 % en 2010 après une difficile période en 2008.

La folie minière a sérieusement commencé en 2001 quand Ivanhoé, une société canadienne prospectant dans le désert de Gobi, a découvert un immense gisement d’or, dont la production commencera en 2013, à Oyu Tolgoi. Le sol de la Mongolie est ainsi devenu une précieuse manne financière, tant pour le pays que pour de nombreuses entreprises minières, en particulier chinoises et russes. L’énorme mine de charbon à coke de Tavan Tolgoi a ainsi fait l’objet de toutes les convoitises. Capable de produire 15 millions de tonnes par an pendant trente ans, le site est vu comme une aubaine pour la Chine, premier producteur mondial d’acier, dont la frontière se trouve à moins de 270 kilomètres de la mine. Autre candidat en lice, la Russie, qui après avoir dominé la situation en Mongolie pendant la période soviétique, ne compte pas céder sa place. à l’issue d’un premier accord en juillet 2011, la firme chinoise Shenhua Group a obtenu la plus belle part du gâteau, soit 40 % du site de Tsenki, l’une des tranches les plus juteuses de Tavan Tolgoi, 36 % sont revenus à un consortium russe alors que le géant américain Peabody en remportait 24 %.

L’exemple de Tavan Tolgoi illustre bien la stratégie actuelle de la Mongolie : essayer de maintenir l’équilibre entre ses deux puissants voisins pour rester indépendante. En effet, au cours de l’Histoire, et surtout depuis le déclin de l’Empire mongol au XIVe siècle, la région n’a cessé d’être ballottée entre les Empires russe et chinois.

Sous influence soviétique

Dès le XVIIe siècle, les tribus mongoles de l’Est ont été placées sous la vassalité de la dynastie Qing, mais quand celle-ci s’effondre en 1911, c’est à la Russie que les Mongols font appel pour soutenir leur indépendance. Très vite, ce nouvel État mongol est placé sous protectorat russe, alors que le sud du territoire, peuplé par de nombreux Chinois, se rallie à la Chine et devient la province de Mongolie intérieure. Au moment de la révolution bolchevique la Chine reprend la main, mais pas pour très longtemps. En 1921 les Mongols se libèrent de son emprise, appuyés par l’Armée rouge. La République populaire de Mongolie, proclamée en 1924, est le deuxième pays communiste du monde et pendant soixante-dix ans, l’URSS va y mener sa propre politique : collectivisation forcée des terres et des troupeaux, interdiction du lamaïsme et campagnes de terreur contre les monastères. En même temps, toujours sous l’impulsion de Moscou, un système éducatif est mis en place dans tout le pays et Oulan-Bator est reliée au réseau ferroviaire soviétique par la construction du Transmongolien.

Sortie du giron russe à la chute de l’URSS en 1991, la Mongolie souhaite depuis affirmer son indépendance tout en ménageant son ancien mentor. « Quand le pays a quitté le système économique soviétique, il s’est trouvé désemparé. Les années 1990-2000 sont considérées comme une décennie perdue et puis la Chine est venue combler ce vide stratégique laissé par la Russie », explique Antoine Maire, chercheur à l’École nationale supérieure de Paris, spécialiste de la question énergétique en Mongolie. Pour se développer, la Mongolie contemporaine a besoin d’investisseurs, or Pékin a bien davantage les moyens de répondre à ses attentes que la Russie.

La Chine, premier investisseur

Aujourd’hui, la Chine est le premier client de la Mongolie, 98 % du charbon mongol est exporté vers le premier consommateur de charbon au monde. Le commerce bilatéral entre les deux pays s’est considérablement développé, en particulier via les villes frontalières. La Chine est aussi le premier investisseur du pays et l’un de ses principaux donneurs d’aide. Elle participe à l’amélioration des transports, du système éducatif, tombé en déliquescence depuis la chute de l’URSS, mais aussi à la construction d’installations sportives et de logements. Il s’agit bien sûr pour Pékin d’un partenariat stratégique. Ainsi, en 2006, le crédit acheteur de 300 millions de dollars octroyé à l’État mongol pour la construction de routes et de voies de chemin de fer, a-t-il en échange permis à la Chine de se positionner sur les mines d’Oyu Tolgoi et Tavan Tolgoi.

Bien que les relations diplomatiques entre les deux États soient au beau fixe, la société mongole voit d’un mauvais oeil cette dépendance financière envers la Chine. « Il y a un très fort sentiment antichinois chez les Mongols. Ils ont peur d’être assimilés comme leurs cousins de Mongolie intérieure », tempère Antoine Maire. La présence accrue de travailleurs chinois depuis le développement minier accentue les rumeurs de colonisation et les craintes de la population. Pour Chimegmaa Orsoo, docteur en science politique, « il ne s’agit pas d’un racisme offensif de la part des Mongols. Mais les employeurs préfèrent faire appel à des ouvriers chinois qu’ils considèrent plus fiables et plus compétents que les ouvriers mongols. Cela crée des tensions. » Le gouvernement mongol tente pourtant de limiter l’implantation chinoise et de mieux répartir les retombées du développement minier, qui touchent encore très peu la population. Dans les mines, un quota de 9 travailleurs mongols sur 10 a ainsi été instauré. Reste à voir comment cette mesure sera respectée quand les gisements miniers géants entreront en exploitation dans quelques années.

Sous pression financière

L’implantation de la Chine dans la région a été prise en considération par le Kremlin, en particulier depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir. La Russie reste malgré tout le premier fournisseur de la Mongolie, qu’elle approvisionne quasiment à elle seule en énergie. Dès les prémices du développement minier, la Russie s’est positionnée, forte de son ancrage historique dans la région. Si les relations russo-mongoles sont marquées par une certaine nostalgie de l’époque soviétique, c’est désormais l’aspect financier qui prime. Plusieurs dettes contractées par Oulan-Bator envers Moscou, dont certaines sous l’URSS, constituent un véritable moyen de pression sur la Mongolie. « En 2009, la Russie a poussé le gouvernement mongol à la laisser exploiter le gisement d’uranium de Dornod, dont les licences devaient revenir au canadien Khan Ressources. Celui-ci a donc été écarté au profit d’une co-entreprise, détenue à parts égales par la compagnie mongole Mon-Atom et par une filiale de l’entreprise russe Rosatom. En échange, la Russie a effacé l’une des dettes mongoles », précise Antoine Maire. D’autres événements de ce type ont montré l’ampleur de la dépendance énergétique et financière limitant la marge de manoeuvre du gouvernement mongol.

Mais la Mongolie réussit tout de même à tirer son épingle du jeu. Soucieuse de bénéficier elle aussi de la rente minière, elle se réserve au moins 34 % des gisements de taille stratégique. À Tavan Tolgoi, elle a exigé des trois compagnies exploitantes qu’elles construisent des voies de communication en plein désert, ainsi qu’une centrale électrique et des infrastructures, pour un coût total de 7 milliards de dollars. « La Mongolie est une jeune démocratie, sans expérience de l’exploitation minière, et elle se retrouve à traiter avec de grands groupes. Nous sommes à une période clé où le pays doit faire des choix structurels importants », explique Antoine Maire.

Dans cette folie minière, l’aspect écologique reste pour le moment très peu pris en compte : 78 % des sols et des écosystèmes sont déjà dégradés. « Le gouvernement mongol a distribué trop de licences d’exploitation à des compagnies minières en peu de temps, sans calculer la conséquence que l’exploitation intense peut engendrer », regrette Chimegmaa Orsoo.

Pour le moment, les retombées du développement minier sur l’économie du pays ne sont pas encore suffisantes pour le sortir de la pauvreté. L’économie mongole reste tributaire de ses donateurs internationaux (en particulier le Japon, la Banque mondiale et le FMI) qui pourvoient à 25 % du revenu national du pays. À Oulan-Bator, où vivent 1,2 million des 2,7 millions d’habitants du pays, la vie est de plus en plus précaire et le chômage fait rage.

L’avenir tourné vers le troisième voisin

Pour sortir de son isolement et de sa dépendance envers la Chine et la Russie, la stratégie mongole consiste à se tourner vers d’autres partenaires. « Le concept de troisième voisin a pour objectif de briser son enclavement régional » explique Antoine Maire. Les États-Unis, l’Union européenne, la Corée du Sud et le Japon font partie de cette troisième voie à laquelle Oulan-Bator réserve un traitement particulier.

La coopération se met notamment en place au niveau commercial, l’UE est d’ailleurs devenue le troisième partenaire commercial du pays, alors que la Corée du Sud et les États-Unis font partie de ses principaux clients. Pour contrecarrer l’influence chinoise dans la région, la Corée du Sud réfléchit même à un projet d’alliance avec la Mongolie. Sa place géostratégique intéresse également Washington qui a versé, en 2005, une aide de 20 millions de dollars pour moderniser l’armée mongole. Georges Bush a d’ailleurs été, cette année-là, le premier président américain à se rendre en Mongolie. Dans ce cadre, des soldats mongols ont participé à des opérations sous commandement de coalitions en Irak, en Afghanistan et au Kosovo.

Le troisième voisin apparaît donc, de plus en plus, comme une solution pour éviter la mainmise de la Chine et de la Russie sur cette Mongolie nouvelle en pleine mutation.
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