EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Les minorités du yunnan face à la politique ethnique chinoise   
Maylis Jean-Préauson      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Destination favorite des touristes chinois, le Yunnan, province située au sud-ouest du pays, n’est pas uniquement recherché pour ses paysages fabuleux mais surtout pour les nombreuses ethnies minoritaires qui y vivent. Pourtant, le tourisme de masse et l’assimilation voulue par Pékin dans le cadre de sa politique ethnique menacent de plus en plus l’identité de ces populations. La Chine, État plurinational, compte en dehors des Han, la famille ethnique dominante, 55 nationalités minoritaires. Si les moins assimilables se rebellent, d’autres, comme c’est le cas dans le Yunnan, demeurent silencieuses. Pourtant, l’essor de l’Asie du Sud-Est est en train de bouleverser le cours des choses et de donner aux ethnies minoritaires un rôle déterminant.

Perdu à la frontière entre la province du Yunnan et celle du Sichuan, le lac Lugu n’est accessible qu’après dix-sept heures de routes chaotiques depuis Kunming, la capitale yunnanaise. Pourtant, l’arrivée à Luoshui, principal bourg au bord du lac, ne se fait pas en solitaire. « Il y a dix ans, personne en Chine ne connaissait le lac Lugu. Aujourd’hui, ce sont des dizaines de cars de touristes qui arrivent tous les jours », explique Pima, propriétaire d’une petite auberge sur les berges du lac. Comme la plupart des habitants de la région, Pima appartient à la minorité Mosuo, rare groupe ethnique à avoir conservé une organisation matrilinéaire.

Chez les Mosuo, le mariage n’existe pas, l’amour libre règne. Femmes et hommes vivent toute leur vie dans la maison de leurs parents et seule la mère a des droits sur ses enfants. Ce sont les femmes qui gèrent la vie de la société, transmettent le nom et les biens de la famille. Malgré de nombreuses pressions pendant la révolution culturelle, ce mode de vie était largement partagé au bord du lac Lugu.

Mais depuis trente ans, l’avènement d’une classe moyenne chinoise disposant d’assez de ressources pour consommer des loisirs, a abouti à la naissance du tourisme de masse à destination de l’intérieur même du pays. à Luoshui, les habitants ont vu comme une manne financière l’arrivée des touristes chinois et se sont disputés les terres sur la rive du lac pour y construire hôtels, restaurants et boutiques de souvenirs.

Les Mosuo de plus en plus sinisés

Bien plus que les eaux, encore turquoises, du lac, ce sont surtout l’organisation originale du peuple Mosuo et sa culture qui attirent les foules. Certains habitants, tout comme les promoteurs chinois, ont vite compris qu’ils pouvaient tirer profit de cette image de « royaume des femmes ». Dans un prétendu Musée de la culture Mosuo, des habitants, affublés de faux costumes de leur propre ethnie, jouent devant des touristes chinois surexcités un simulacre de relation amoureuse libre.

Un peu plus loin sur la rive du lac Lugu, le village de Pima, Xialoshui a été mieux préservé. À part ceux qui travaillent dans les trois auberges du village, les habitants ont conservé leurs activités traditionnelles, l’agriculture et la pêche. Pourtant, plusieurs soirs par semaine, des centaines de touristes chinois viennent participer à des « fêtes Mosuo » données dans la cour d’une maison familiale. Cette atmosphère pseudo-ethnique, créée grâce à des costumes chatoyants et de joyeuses farandoles, est bien sûr adaptée à des visiteurs en quête d’exotisme. Ce tourisme de masse est aussi synonyme de sinisation des zones concernées.

Dans la région du lac Lugu, le système matrilinéaire est en perte de vitesse, la langue et la véritable culture se perdent au profit d’une certaine uniformisation teintée de folklore. Seuls quelques villages, très difficilement accessibles et éloignés des circuits touristiques, ont gardé les traditions et le mode de vie ancestral du peuple Mosuo.

Le lac Lugu est loin d’être un cas unique dans le Yunnan, où vivent 25 des 55 nationalités minoritaires reconnues. Peuplée désormais majoritairement de Han, la province a su mettre en avant sa diversité ethnique pour développer l’industrie du tourisme. Mais là aussi, l’aspect folklorique captive bien davantage les visiteurs que l’angle ethnologique et culturel. à Kunming par exemple, le Musée des ethnies est presque toujours vide, alors que juste en face, le très kitch Village des ethnies où se tiennent de faux spectacles et fêtes des différentes nationalités, attire les foules.

Égalité de principe

Historiquement, les peuples minoritaires ont toujours été considérés par les Han comme des barbares à assimiler. Incorporées, non sans heurts, à l’Empire au cours des siècles, les minorités du Sud-Ouest chinois ont été insérées dès 1949 dans l’État multinational unifié souhaité par Mao Zedong. Les 146 ethnies présentes sur le territoire de la République populaire ont alors été regroupées en 55 nationalités, auxquelles se rajoute la nationalité Han. Elles sont considérées comme parties intégrantes du peuple chinois. L’article 4 de la Constitution affirme ainsi que « toutes les nationalités de la République populaire de Chine sont égales en droit ». La discrimination est prohibée, mais « tout acte visant à saper l’unité nationale et établir un séparatisme ethnique est proscrit. ».

Les peuples du Yunnan n’ont pas aujourd’hui de velléités d’indépendance comme les Tibétains ou les Ouïgours, ce qui leur assure une relative tranquillité. De plus, comme la plupart des ethnies minoritaires, ils bénéficient d’une autonomie administrative. « Ce principe d’autonomie s’inspire de l’URSS, précise Emmanuel Lincot, directeur de la chaire des Études chinoises contemporaines à l’Institut catholique de Paris. Toute la politique ethnique de la Chine est basée sur le modèle soviétique, défini en 1920 par Lénine à la Conférence de Bakou ». Les administrations autonomes existent à plusieurs niveaux : la région, le département, le district ou le canton. Selon les textes, cette autonomie confère aux minorités des prérogatives très importantes. Mais dans les faits, Pékin garde le contrôle. D’abord, ces administrations restent soumises à l’autorité du gouvernement central. Ensuite, les plus hauts postes qui, selon la loi sont réservés aux minorités, sont généralement occupés par des Han, ne laissant aux autres que des titres symboliques.

Des minorités « privilégiées »

Pour maintenir l’équilibre, le gouvernement chinois sait aussi lâcher du lest. De nombreuses ethnies bénéficient même de traitements privilégiés par rapport aux Han. En déambulant dans le Yunnan, on comprend vite que la politique de l’enfant unique n’a pas cours partout. Les ethnies ont le droit d’avoir plusieurs enfants. Des universités ont été créées spécialement pour accueillir des étudiants issus des minorités où des places gratuites leur sont accordées.

La loi met également l’accent sur le bilinguisme pour permettre aux nationalités de s’exprimer dans leur propre langue. Mais là aussi, dans les faits, les choses se passent différemment. Si, pendant les premières années d’école, l’enseignement est effectué en langue locale, le mandarin prend vite le dessus. Il en va de même dans les administrations autonomes où le personnel, même Han, est censé parler la langue régionale. Pourtant, celle-ci est de moins en moins pratiquée. « Le mandarin reste la langue de la promotion sociale. C’est aussi une façon d’assimiler ces populations. Il est très rare de trouver des cadres du Parti communiste issus des minorités, il en va de même dans l’armée », analyse Emmanuel Lincot.

Un autre facteur de la baisse de la pratique des langues locales, est la forte présence de Han dans ces régions des peuples minoritaires. Si l’aire géographique des minorités s’étend sur 60 % de la superficie du pays, elles ne représentent plus que 6 % de la population totale. Cette politique de peuplement est l’élément essentiel de la stratégie du gouvernement chinois afin d’assimiler ces populations, en particulier les plus rebelles comme les Tibétains, les Ouïgours ou les Mongols.

Au coeur du « triangle d’or »

Très critiquée en Occident pour sa politique ethnique, en particulier dans les zones de tensions, la Chine pratique quant à elle l’autosatisfaction. La presse se fait le relais de la version officielle et met en avant le rôle de la Chine communiste dans l’évolution de ces régions reculées, autrefois très pauvres et sous-développées. Il est vrai que depuis les années 1970, le Yunnan est entré dans la voie du développement grâce à l’essor industriel et à la construction de voies ferrées et de routes, désenclavant la région. Mais il s’agit d’un développement à deux vitesses. Alors que Kunming affiche une certaine prospérité et évolue à une allure foudroyante, les campagnes où vivent la plupart des minorités ethniques restent très arriérées.

Si les ethnies du Yunnan semblent bien loin des luttes des Tibétains voisins contre l’assimilation chinoise, si l’uniformisation de leur culture est en marche, la position de plus en plus stratégique du Yunnan en Asie du Sud-Est, au coeur du fameux « triangle d’or », risque fort de changer le cours de l’Histoire. « Il ne faut pas sous-estimer le rôle des minorités dans la région. De nombreuses ethnies du Yunnan sont aussi présentes dans les pays frontaliers. C’est le cas du peuple Miao qu’on retrouve aussi au Vietnam, au Laos, en Birmanie et en Thaïlande. Or depuis quelques années, les pays de la zone ont connu un rapprochement spectaculaire et le Yunnan est en train de devenir un véritable carrefour pour ces échanges. Le rôle de ces minorités transfrontalières va être amené à changer », explique Emmanuel Lincot.

Autre élément susceptible de modifier l’ordre des choses, les nombreux mouvements de populations dans le « triangle d’or », favorisés par des aires linguistiques communes, risquent d’engendrer des revendications identitaires dans la région. Dans cette nouvelle donne géopolitique, Pékin est en train de prendre conscience de l’intérêt que représentent les minorités pour sa politique étrangère et sa diplomatie.
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Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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