EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Grand dossier
POURQUOI LES INDIENS NE MANGENT-ILS PAS À LEUR FAIM ?   
Julia Van Aelst      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Grand dossier Inde

L’Inde, pays émergent en plein essor, géant agricole et pourtant, la malnutrition y fait rage. Un réel paradoxe alors que dans les années soixante et après des périodes de famine, a été mise en place la « Révolution verte ». Un réel succès puisque grâce à elle, le pays est autosuffisant depuis le début des années 2000. Alors pourquoi l’Inde n’arrive-t-elle pas à nourrir sa population ?

On a qu’un peu de riz, parfois des légumes et ça nous fait qu’un seul repas par jour », confie une jeune indienne à France 2, dans un reportage diffusé fin 2011. « Mon enfant ne peut même pas jouer avec les autres enfants, il est trop faible et tout le temps malade », continue une autre femme qui parle de son fils, très maigre, qui ne pèse que 7 kg.

En Inde, un enfant sur deux, mais aussi de nombreux adultes souffrent de malnutrition. Un récent rapport d’une fondation indienne1 a en effet révélé que 42 % des enfants indiens de moins de cinq ans seraient sous-alimentés. C’est deux fois plus qu’en Afrique subsaharienne. Et selon l’International Food Policy Research Institute (IFPRI), un think-tank américain, plus de 80 millions d’enfants souffriraient d’insuffisance pondérale et de malnutrition, tandis que 21 % de la population serait sous-alimentée2.

Et quand le corps subit la faim, les conséquences peuvent être graves. En 2009, un rapport de l’ONG Save The Children précisait que la moitié des décès des 2 millions d’enfants de moins de cinq ans qui meurent chaque année en Inde, serait due à des maladies néonatales, des diarrhées et des pneumonies, dysfonctionnements souvent provoqués par la malnutrition. Mais les enfants ne sont pas les seuls à connaître la faim.

Paradoxalement, et de façon assez cruelle, ce sont également les paysans indiens, ceux-là même qui produisent la nourriture, qui se retrouvent pauvres et affamés. En cause : l’ouverture et la dérégulation des marchés introduites dans les années quatre-vingt-dix. Dans un contexte global de baisse des prix agricoles mondiaux et de hausse des coûts de production, les paysans se sont retrouvés croulant sous les dettes et sont tombés dans la pauvreté. Résultat, depuis plusieurs années, des milliers d’entre eux se suicident pour échapper à leur sort.

L’Inde, un géant agricole grâce à la « Révolution verte »

La malnutrition en Inde est devenue une priorité pour les pouvoirs publics, un mal que le Premier ministre indien, Manmohan Singh, a récemment qualifié de « honte nationale ». Serait-ce un aveu d’échec pour ce pays qui depuis des décennies, a justement tout mis en oeuvre pour lutter contre la faim ?

La politique agricole indienne est née des traumatismes que le pays a vécus au cours du XXe siècle, et notamment des famines, récurrentes jusqu’à son indépendance. En 1943, trois millions de personnes sont mortes durant la grande famine du Bengale. Depuis 1947, date de son indépendance, l’ancienne colonie britannique a tout fait pour développer son agriculture et la placer au coeur de son économie.

Cette volonté politique s’est concrétisée dès les années 1960 avec la mise en place de la « Révolution verte » par l’ancien Premier ministre, Nehru. Avec l’explosion démographique, il était alors urgent pour le sous-continent de moderniser son agriculture pour pouvoir nourrir sa population et éviter coûte que coûte de possibles famines. L’agriculture s’est peu à peu transformée : les paysans ont commencé à utiliser des semences hybrides à haut rendement, mais aussi des engrais, pesticides et insecticides. L’État a également développé des nouveaux systèmes d’irrigation et de mécanisation.

Les résultats ne se sont pas fait attendre. La production de riz, par exemple, a été multipliée par trois entre 1950 et 1995. Et alors que sur cette période, la croissance démographique était de 139 %, celle des céréales atteignait 236 %. En quelques décennies, l’Inde est devenue un véritable géant agricole parmi les pays émergents. Et la « Révolution verte » a, en apparence, permis de garantir une certaine sécurité alimentaire, contribuant à la stabilité du pays malgré les aléas climatiques liés à la mousson.

Grâce à elle, l’Inde est aujourd’hui auto-suffisante : le pays produit, en principe, assez de denrées agricoles comme le riz, le blé ou les légumes, pour nourrir ses 1,2 milliard d’habitants. Cette production devrait permettre à l’Inde de rester autonome au moins jusqu’en 2025. Le succès est tel que, depuis quelques années, le pays a même arrêté ses importations alimentaires et a dû stocker ses surplus de production. En 2010, c’étaient 60 millions de tonnes de céréales qui étaient stockées dans des entrepôts ou sous des bâches en plastique ; 25 millions de tonnes de riz dormiraient également.

Aujourd’hui, l’Inde a donc bien de quoi nourrir les ventres vides. Le problème est que le taux de pauvreté des Indiens est si élevé que la plupart ne peuvent pas s’acheter à manger.

Une nourriture beaucoup trop chère pour les pauvres

Aujourd’hui, près de 800 millions d’Indiens vivent avec moins de 2 dollars par jour. Pour beaucoup, accéder à la nourriture est donc une affaire difficile : plus de 93 % des mères déclarent que si elles ne donnent pas autre chose à manger que des céréales à leurs enfants, c’est par manque de moyens. Manger coûte cher, et manger équilibré relève de la chimère. Une réalité quotidienne pour nombre d’Indiens qui doivent en plus faire face à une hausse vertigineuse des prix des denrées alimentaires : +17 % cette année.

Alors pour parer à cette crise, les gouvernements successifs ont décidé de se mobiliser. De là est né le « projet de loi sur la sécurité alimentaire », initié par le Parti du Congrès, au pouvoir depuis 2004. Le parti, de tendance social-démocrate depuis les années quatre-vingt-dix, a promis que les millions de pauvres de la troisième puissance économique d’Asie ne seraient plus les laissés-pour-compte de la croissance.

Grâce à cette nouvelle loi, ce seront 700 millions d’Indiens qui auront droit à des denrées subventionnées. Les plus démunis (46 % de la population rurale et 28 % de la population urbaine), pourront se procurer tous les mois 7 kg de grains à des prix hautement subventionnés. Alors qu’un kilogramme de riz basmati se vend environ 40 roupies (ou 0,78 dollar) sur le marché, les bénéficiaires paieront 3 roupies (0,05 dollar) par kg de riz. La nouvelle mesure fera grimper à 61 millions le nombre de tonnes de grains distribués dans le pays dans le cadre de programmes sociaux.

La « loi sur la sécurité alimentaire » fait partie du budget consacré aux dépenses sociales. Cette année, le gouvernement a décidé d’augmenter ce budget de 17 %. « Le pays supporte depuis suffisamment de temps le fardeau de la faim et de la malnutrition », a déclaré le ministre des Finances indien, Pranab Mukherjee, en février.

20 % de tomates pourrissent en transit

Une bonne nouvelle donc, mais qui cache mal une autre réalité. En fait, l’Inde a déjà mis en place un système de distribution de nourriture pour les plus démunis, et ce, depuis plusieurs années déjà. Le problème est que celui-ci est plombé par la corruption et l’inefficacité dans la logistique de distribution et de stockage. En effet, certains analystes estiment que 40 % de la nourriture subventionnée n’atteindrait jamais les destinataires prévus. Un tiers de tous les aliments distribués et 20 millions de tonnes de céréales pourrissent chaque année, comme par exemple 20 % des tomates durant leur transit. Quant aux stocks, ils sont à la merci des rongeurs et, en 2010, 11 millions de tonnes auraient été détruites par la mousson.

Finalement, le prix Nobel et économiste indien Amartya Sen a vu juste. Dans son travail sur la pauvreté et les famines, il a en effet démontré que la famine était rarement le résultat d’un manque de nourriture, mais plutôt de facteurs économiques tels que le chômage, les prix, les baisses de salaires, et comme c’est souvent le cas en Inde, de mauvais systèmes de distribution alimentaire.

Alors, face à cette nouvelle loi qui ressemble étrangement à l’ancienne, les questions demeurent. Dans un article de La Presse paru en décembre 2011, Sara Ahmed, spécialiste au Centre de recherches pour le développement international, se demande à juste titre : « Puisque le gouvernement veut utiliser les mêmes réseaux de distribution, plusieurs craignent les fuites. La nourriture se rendra-t-elle vraiment jusqu’aux plus pauvres ? ». Réponse sera donnée aux Indiens durant les prochains mois, et le gouvernement est attendu au tournant.

1. The HUNGaMA Survey, publié par la fondation Naandi en 2011 à l’initiative de jeunes parlementaires, artistes, metteurs en scène, travailleurs sociaux et décideurs politiques.
2. Selon le Global Hunger Index de 2011.
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