EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
Grand dossier
ENTRE « CONSCIENCE VERTE » ET IMPÉRATIFS DE COMPÉTITIVITÉ   
Michel Chicheportiche      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Le gouvernement indien fait aujourd’hui face à une dualité structurelle majeure, pris entre pragmatisme économique et enjeux environnementaux. Avec un taux de croissance annuel supérieur à 9 % en 2011, le pays se heurte en effet aux conséquences de sa politique de développement, Bombay et New Delhi figurant parmi les dix villes les plus polluées au monde.

Grâce à un taux de croissance annuel de sa production industrielle avoisinant les 9,7 % pour l’exercice 2011, l’Inde s’affirme comme un acteur privilégié au sein des grands pays émergents. Positionnée au troisième rang mondial, derrière les États-Unis et la Chine, en termes d’investissements écoindustriels, l’Inde représente plus de 6 % des parts de marchés du globe. Toutefois, le pays se heurte aux conséquences désastreuses de sa politique de développement, Bombay et New Delhi figurant parmi les dix villes les plus polluées au monde. Le gouvernement indien fait ainsi face à une dualité structurelle majeure, pris entre pragmatisme économique et enjeux environnementaux.

Selon la World Allergy Organisation (WAO), le nombre de personnes allergiques en Inde, qui représente déjà entre 20 % et 30 % de la population, a explosé ces dernières années et pourrait encore progresser significativement dans un avenir proche. En effet, les personnes atteintes d’asthme, soit 1 % de la population en 1964, sont aujourd’hui plus de 14 %. Cette forte augmentation frappe particulièrement les enfants, dont 50 % seraient touchés par des allergies d’ici à 2050.

Principale cause de cette croissance : la pollution atmosphérique. D’après une étude réalisée par les universités américaines Yale et Columbia, le pays présente la plus mauvaise qualité de l’air au monde avec un niveau de particules fines près de cinq fois supérieur à la limite sanitaire. À titre d’exemple, l’air de Bombay est vingt-cinq fois plus pollué que les normes internationales ne le recommandent, le niveau moyen de particules en suspension dans l’air atteint près de 240 microgrammes par m3, soit trois fois plus que la norme adoptée par l’OMS. Et le McKinsey Global Institute informe que le nombre de voitures en zone urbaine sera multiplié par dix entre 2007 et 2030.

De plus, l’Inde détient le record de la plus importante catastrophe industrielle de tous les temps, survenue à Bhopal. Située au centre du pays, la capitale de l’État du Madhya Pradesh subit, dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, les émanations toxiques de l’usine Union Carbide dont s’échappent plus de 40 tonnes d’isocyanate de méthyle, un puissant pesticide qui provoque la mort immédiate de 1 750 personnes. Le bilan de la catastrophe s’élève à plus de 15 000 décès suite à des maladies liées à l’inhalation du gaz. Laissé à l’abandon, le site recèle toujours près de 20 000 tonnes de déchets toxiques qui reposent à ciel ouvert.

Plan d’action quinquennal

La passivité des pouvoirs publics force plusieurs centaines d’habitants de la ville, dont certains survivants de la catastrophe, à manifester le 5 juin devant leur ministre de l’Intérieur, Palaniappan Chidambaram, en visite officielle dans le cadre de la Journée mondiale de l’Environnement. Finalement, l’organisme public allemand d’aide au développement (GIZ), sera chargé du retraitement par le gouvernement indien, ce dernier prenant en charge le coût d’acheminement par voie aérienne des déchets jusqu’en Allemagne durant les douze prochains mois.

Enfin, la surexploitation des sols par une usine Coca-Cola située dans le Kerala, a engendré un vaste mouvement de mobilisation à travers le pays. Le 15 janvier, un nombre conséquent de manifestants affluent devant la porte du centre d’embouteillage de la firme américaine, situé dans le village de Plachimada (sud du pays). Il faut en effet de très grandes quantités d’eau pour élaborer la boisson gazeuse, ce qui oblige les habitants à parcourir plusieurs kilomètres pour s’approvisionner. De plus, ils souffrent d’infections cutanées et de violents maux d’estomac dus à la contamination de l’eau par les déchets industriels déchargés près des canaux. Cinq jours plus tard, la mobilisation s’étend à d’autres villages de l’Inde profonde, qui font les mêmes griefs à la marque rouge et blanche. « Ces enseignes volent les ressources collectives d’eau, détruisent l’environnement, dégradent la santé publique et violent la législation nationale », déplore l’écologiste Vandana Shiva.

Face à ces dérives industrielles, le sixième plus grand consommateur de la planète mise, à travers son XIIe Plan d’action quinquennal paru en 2011, à la fois sur une plus grande indépendance énergétique et sur la protection de l’environnement. Divisé en huit points, le Plan vise à générer 10 % de puissance électrique grâce aux énergies vertes en 2015, puis 20 % en 2020.

Cependant, bien que le quotidien The Hindu titre « Les énergies renouvelables ne seront bientôt plus une alternative », plusieurs données freinent d’emblée les volontés indiennes. Tout d’abord, le pays dépend de ses importations d’énergies conventionnelles tels que le fuel ou encore le gaz. De plus, la croissance indienne requerra, durant les cinq prochaines années, près de 100 gigawatts supplémentaires pour subvenir à ses besoins intérieurs. En effet, 45 % des ménages n’ont pas à accès à l’électricité et les infrastructures de transmission d’énergie, obsolètes, conduisent à la déperdition de près de 40 % de l’électricité transportée. D’autre part, alors que l’Inde se plaçait au cinquième rang des plus gros émetteurs de gaz à eff et de serre en 2005, le gouvernement s’est engagé, lors de la Conférence de Copenhague, en 2009, à réduire ses émissions de 20 % à 25 % par rapport à celles de 2005.

Volontarisme

Ces contraintes ne freinent pas la politique volontariste du pays, qui, dès 1992, s’était doté d’un ministère des Énergies nouvelles et renouvelables (ENR). Au chapitre des énergies nouvelles, et bien qu’elle doive importer près de 75 % de ses besoins, l’Inde détient une capacité renouvelable en électricité de 20 000 MW, laquelle, selon le ministère, croit de 2 500 MW par an. Quant à l’énergie solaire, elle pourrait atteindre 100 000 MW, tandis que l’éolien (premier producteur asiatique) et l’hydraulique généreraient 85 000 MW.

Seul bémol : le Plan d’action n’emporte pas l’adhésion de la plupart des organisations environnementales au sein de la société civile. Climate Challenge India (CCI), réseau d’écologistes indiens, regrette de ne pas avoir été consulté par le gouvernement et déplore que les acteurs sociaux présents sur le terrain ne soient que rarement mentionnés.

Autre proposition majeure : la publication par le ministère de l’Environnement et des Forêts d’une circulaire intitulée « Développement durable en Inde : bilan de la course vers Rio +20 », témoignant des réalisations entreprises depuis le Sommet de la Terre de 1992 et évaluant les défis auxquels le pays sera confronté.

Toutefois, la multiplication des initiatives indiennes en matière climatique et écologique, gage d’une volonté d’affirmer une « conscience verte » tant au niveau national qu’au sein du concert des nations, se heurte aux impératifs de compétitivité. Ainsi New Delhi s’est-elle insurgée, au même titre que la Chine, la Russie et les États-Unis, face à l’instauration par l’Union européenne d’une taxe sur la pollution aérienne. L’élargissement du Système d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (Sdeqe) au secteur aérien, entré en vigueur le 1er janvier, vise à obliger toute compagnie aérienne voyageant depuis ou à destination de l’UE à acheter l’équivalent de 15 % de ses émissions de CO2, soit 32 millions de tonnes, en vue de lutter contre le réchauffement climatique.

Refusant tout compromis en la matière, le ministre indien de l’Aviation civile, Ajit Singh, a interdit, en mars dernier, à ses compagnies aériennes de s’acquitter de cette nouvelle contribution. Même position pour la ministre de l’Environnement, Jayanthi Natarajan, qui s’était déjà opposée à cette décision lors de la Conférence de Durban en 2011. « Ces mesures unilatérales de l’UE sont une cause de rupture des discussions climatiques », déclare-t-elle.

Du côté européen, Isaac Valero, porte-parole de la commissaire responsable du Climat, Connie Hedegaard, avoue son incompréhension : « Nous ne voyons pas en quoi l’initiative européenne constituerait une cause de rupture […]. Celle-ci ne concerne qu’une petite partie du secteur du transport aérien indien, à savoir les vols à destination et au départ de l’Union européenne. Tout le monde dit vouloir réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais cette volonté n’est pas partagée par certains… ».
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CAP SUR LES ÉNERGIES RENOUVELABLES
Les changements politiques en cours au Moyen-Orient ont quelque peu occulté, aux yeux des médias occidentaux, le choc ressenti par les populations arabes lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a renforcé la volonté politique d’une mutation progressive des énergies fossiles vers les énergies nouvelles.

Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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