EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
MARIKANA COMME UNE TRAÎNÉE DE POUDRE…   
Florent Detroy      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Le drame de Marikana a une nouvelle fois mis au jour les inégalités qui traversent la société sud-africaine, révélant la faiblesse des salaires et l’indigence des conditions de vie des mineurs. Mais si l’héritage du régime d’apartheid est à prendre en compte, il ne suffit pas à comprendre le malaise qui s’est emparé de la société. Explications.

Une nouvelle fois, le secteur minier cristallise les maux de la population sud-africaine. Le 16 août, la police sud-africaine a ouvert le feu sur un groupe de mineurs de la compagnie Lonmin, dans la région de Marikana, qui manifestait pour une revalorisation de leur salaire. Le bain de sang – on dénombre 34 morts et 78 blessés – a créé un séisme en Afrique du Sud.

Le secteur minier ayant longtemps été un bastion de la minorité blanche sous l’apartheid, la lutte des syndicats liés à l’ANC y a toujours eu une forte dimension politique. Le drame de Marikana a une nouvelle fois mis au jour les inégalités qui traversent la société sud-africaine, révélant la faiblesse des salaires et l’indigence des conditions de vie des mineurs. Mais si l’héritage du régime d’apartheid est à prendre en compte, il ne suffi t pas à comprendre le malaise qui s’est emparé de la société sud-africaine.

L’Afrique du Sud fait partie de ces pays dits « miniers », à l’instar du Chili ou de l’Australie, où cette activité représente une part importante du PIB. L’industrie minière représente 18 % du PIB sud-africain. Cette richesse provient des ressources considérables dont dispose le pays : 13 % des réserves mondiales d’or, 89 % des platinoïdes (platine, palladium, rhodium notamment), ainsi que du chrome, du manganèse ou encore du vanadium1. Malgré leur importance, ces réserves n’ont pas permis à l’Afrique du sud de profi ter de l’essor qu’a connu le marché des matières premières dans les années 2000. Alors que les prix de l’or et du platine augmentaient respectivement de 210 % et 145 % entre 2001 et 2008, la contribution de l’industrie minière au PIB sud-africain a stagné, voire a régressé. Durant la même période, la part de la mine dans le PIB chilien a augmenté de 12 %.

Une industrie à la dérive

Le retard accumulé dans l’industrie minière sud-africaine depuis dix ans est d’abord dû à un sous-investissement dans les infrastructures. Un analyste de Scipion Capital, une société de conseil en investissement basée à Londres, confie « que l’État n’a pas réussi à investir où à attirer suffisamment les investissements étrangers dans les infrastructures. La production est ainsi ralentie par les coupures d’électricité ». En 2011, la Chambre sud-africaine des mines qualifiait d’ailleurs la dernière décennie d’« occasion manquée »2. Pour ne rien arranger, la situation s’est encore dégradée depuis l’été 2011, le ralentissement économique mondial faisant plonger les prix des métaux. Entre février 2011 et février dernier, la production minière a baissé de 14,5 %, soit la plus forte diminution depuis mars 20083. Au-delà du ralentissement économique, c’est l’orientation de la politique minière qui a été mise en cause.

L’État et la mine, des relations incestueuses

Bien que possédant les plus importantes richesses minières au monde, de l’ordre de 2 500 milliards de dollars selon la banque Citigroup4, le pays n’arrive plus à séduire les investisseurs. C’est le constat fait par le Fraser Institute, un think tank libéral canadien, qui classe l’attractivité des juridictions minières dans le monde. Alors que l’Afrique du Sud arrivait 28e sur 47 en 2003, elle figure aujourd’hui derrière ses voisins d’Afrique australe tels la Namibie, la Zambie ou le Botswana. Selon l’analyste de Scipion Capital, « le plus gros problème pour les investisseurs, après les émeutes, reste le problème de la corruption au sein de l’ANC ». L’accusation d’une trop grande proximité de l’ANC, le parti au pouvoir, avec le secteur minier est effectivement rapidement apparue après le massacre de Marikana.

Julius Malema, ancien dirigeant de la Youth League de l’ANC, le parti au pouvoir depuis 1994, a dénoncé dès le 18 août, dans un discours aux mineurs de Marikana, les liens des responsables politiques et syndicaux avec le secteur minier. Il s’en est notamment pris à Cyril Ramaphosa, vice-ministre du Plan, et ancien dirigeant du National Union of Mineworkers (NUM), la branche mine de la confédération syndicale Cosatu, historiquement liée à l’ANC, en révélant qu’il siégeait au conseil d’administration de Lonmin. Les médias ont également fait état des liens qu’entretiennent plusieurs dirigeants historiques de l’ANC avec le secteur minier, comme le vice-président du pays, Kgalema Motlanthe, ancien dirigeant du NUM, ou encore Tokyo Sexwale, engagé dans l’exploitation de l’or et du platine qui est ministre du Logement5. Ce mélange des genres avait déjà été critiqué par le Trésor sud-africain qui avait souligné, l’an dernier, le caractère « opaque » de la gestion du secteur minier par l’État6. Le NUM a également été la cible de critiques pour sa trop grande proximité avec l’ANC. Il avait d’ailleurs vu son taux de représentation des travailleurs de la mine de Lonmin passer de 66 % à 49 % récemment7. Cet éloignement a profité au petit syndicat AMCU, à l’origine des revendications salariales des mineurs de Lonmin.

Selon Laurent Fourchard, du centre de recherche sur l’Afrique de l’Institut d’études politiques de Bordeaux, la critique de cette proximité entre monde politique et monde des affaires comme étant la source des inégalités rejoint les critiques des milieux de gauche et universitaires sur le tournant dit « néolibéral » de l’économie sud-africaine à partir de 1996.

Pourtant, cette analyse demande à être nuancée. À partir du début des années 2000, le gouvernement a plutôt eu tendance à resserrer son contrôle sur le secteur minier. En 2002, le vote de la loi Mineral and Petroleum Resources Development Act (MPRDA), a permis à l’État de redevenir propriétaire des ressources des sous-sols, alors que la loi de 1991 les avait privatisées. Plus emblématique encore, la clause du Black Economic Empowerment permet d’exproprier les possesseurs de mines non exploitées afin de les redistribuer à des entrepreneurs noirs. Après qu’un débat a eu lieu au sein de l’ANC, en 2010, sur l’opportunité de nationaliser les mines, le parti au pouvoir pourrait, lors de son congrès, en décembre prochain, décider de taxer le secteur à hauteur de 50 %. Jacob Zuma, qui jouera sa réélection lors de ce congrès, s’est engagé à soutenir cette loi pour « agir de manière plus radicale pour accélérer le changement »8.

Alors que les grèves se sont étendues tout récemment aux mines de charbon, on peut pourtant déjà prévoir que ce congrès sera une déception pour ceux qui attendaient un changement profond après Marikana. Les dirigeants actuels de l’ANC et de la Cosatu, dont la direction vient d’être reconduite sans qu’aucun débat n’ait été tenu, semblent décidés à occuper le terrain à tout prix jusqu’à la tenue du congrès. Une certaine panique au sein de l’ANC pourrait même être derrière l’inculpation de Julius Malema, le 26 septembre, dans une affaire de marchés publics truqués.

Le lourd héritage social de l’apartheid

Laurent Fourchard avance une explication plus structurelle des tensions actuelles qui agitent le secteur minier sud-africain. À la différence des autres pays du continent, « l’Afrique du Sud n’a jamais vu se constituer un secteur informel important, du fait de l’opposition du régime de l’apartheid. Or ce secteur a souvent joué un rôle d’amortisseur contre le chômage. Aujourd’hui, malgré la mise en place d’immenses politiques de redistribution, politiques qui n’ont pas d’équivalent ailleurs en Afrique, les politiques n’arrivent toujours pas à intégrer dans un marché du travail de plus en plus exigeant en termes de compétence la partie de la population noire non qualifiée. C’est un héritage des politiques éducatives de l’apartheid que le gouvernement actuel n’a pas été en mesure de modifier. Pour cette partie de la population, la redistribution ne se fait pas assez vite, ce qui explique en partie la fréquence des mouvements sociaux depuis la fin des années quatre-vingt-dix ».

Pour l’instant, la faible modernisation du secteur minier maintient les salaires à baisse, et assure du travail à une large part de cette population déshéritée. Une meilleure compétitivité du secteur exigerait une plus grande mécanisation, et un recul de l’emploi. Le gouvernement pourrait alors affronter de nouvelles explosions de violence.

1. The Mineral Industry of South Africa, 2009 Minerals Yearbook. USGS, septembre 2011
2. http://www.bullion.org.za/content/?pid=70&pagename=Annual+Reports
3. http://www.miningweekly.com/article/critical-time-for-south-africas-mining-industry-leon-2012-04-20-2
4. Metals and Mining Strategy : Royalties, Riches and Taxes. Citigroup Global Markets, 27 April 2010
5. http ://lenaka.info/2012/08/22/limiter-les-consequences-de-la-crise-de-marikana/1457
6. Medium Term Budget Policy Statement 2011. National Treasury of the Republic of South Africa
7. http://mg.co.za/article/2012-08-19-marikana-action-is-a-strike-by-the-poor
8. http://www.bloomberg.com/news/2012-06-25/south-africa-s-anc-targets-mining-taxes-in-policy-meeting.html
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