EDITORIAL
LA MALAISIE FAIT SA PLACE SOUS LE SOLEIL AFRICAIN

Si la Chine reste le partenaire le plus en vue du continent, il n’en demeure pas moins que d’autres pays émergents de l’Asie jouent des coudes pour s’imposer dans un continent qui est considéré comme l’avenir de l’économie mondiale, de par l’importance de ses matières premières, mais aussi de la jeunesse de sa population. Discrète, mais pourtant incontournable, la Malaisie fait partie de ces nouveaux partenaires du continent africain.  

Sans chercher à se positionner en opposition frontale aux anciennes puissances coloniales ou aux États-Unis d’Amérique, comme peut le faire la Chine, sans envoyer des armées de travailleurs manuels au potentiel d’intégration faible, la Malaisie propose une autre forme de partenariat moins intrusif et ne bouleversant pas les équilibres sociaux ou le tissu productif local.

      POLITIQUE
ASHOK VASWANI L’INDO-GUINÉEN
Alors que l’on reproche aisément à la diaspora chinoise en Afrique d’être dans un entre-soi économique sans off rir d’opportunités aux travailleurs locaux, les investisseurs indiens ont toujours eu une approche diff érente. Appréciés par les pays africains pour leur capacité à créer des emplois dans le secteur privé, ils sont les moteurs d’une économie animée par d’autres valeurs, plus entrepreneuriales et plus en phase avec les standards de l’économie de marché.
DES CLIVAGES RACIAUX TOUJOURS VIFS   
Par Aurel Barry      ©  PAYS-EMERGENTS.COM
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Dix-huit ans après son arrivée au pouvoir, l’African National Congress (ANC) a réussi le pari de maintenir le pays au premier rang économique du continent africain. Mais les disparités intra et interraciales persistent tandis que les discours unitaires font place à une radicalisation des positions.

Lors de sa prise de pouvoir en avril 1994, Nelson Mandela hérite d’une nation hétérogène. Plus de quarante années d’apartheid ont divisé le peuple tant sur le plan racial que dans les registres économique, social ou géographique. Ainsi les populations noires siègent-elles essentiellement à l’est du pays (KwaZulu-Natal), les 13,5 % composant la communauté blanche se concentrent principalement dans la province du Gauteng (42 %), tandis que 9 % des métis résident au Cap. Par ailleurs, la maîtrise totale de l’économie par les Boers et les Afrikaners a permis aux populations blanches les plus aisées de contrôler les grandes exploitations agricoles ainsi que les richesses nationales (or, diamant), alors que les moins fortunées bénéficient d’un emploi garanti par l’État. Ce système de préférence raciale se répercute sur les données macroéconomiques : en 1994, le taux de chômage n’excède pas 5 % chez les Blancs contre 44 % chez les Noirs, la proportion de cadres supérieurs atteignant plus de 91 % pour les premiers contre moins de 4 % pour les seconds.

Dès lors, le gouvernement légifère en vue d’une meilleure répartition des richesses et inscrit dans la Constitution de 1996 le principe de lutte contre toute forme de discrimination raciale. Deux politiques sont alors menées : à travers l’Affirmative Action, l’ANC s’efforce de corriger la situation des groupes « historiquement désavantagés » et instaure l’égalité des chances, interdisant la ségrégation à l’emploi. De plus, avec le Black Economic Empowerment, le parti vise à accroître la représentation noire sur le plan économique en aidant à la création de PME et en prenant le contrôle des grandes firmes nationales. En une décennie, ces réformes ont permis l’émancipation d’une nouvelle classe moyenne : les Black Diamonds (diamants noirs). Si le phénomène paraît marginal (7,5 % du total des Noirs sud-africains), ces trois millions de personnes incarnent une nouvelle perception de l’homme noir sud-africain. Cependant, les limites du phénomène sont très vite dénoncées par Moeletsi Mbeki, économiste et frère du second président, Thabo Mbeki, qui déplore la création d’un groupe de « capitalistes noirs de copinage, fortunés, constitués de politiciens de l’ANC, certains retirés des affaires publiques, d’autres pas ». La marginalité de cette émancipation tient également au fait que bien que la communauté noire soit largement majoritaire (79,4 %), la plupart de ses membres n’ont pas, ou très peu, reçu d’enseignement supérieur et, n’étant pas assez qualifiés, se trouvent de fait dans l’impossibilité d’accéder aux postes proposés.

Ces nouvelles orientations, associées à un taux de criminalité en constante évolution, effraient une minorité blanche qui quitte massivement le pays entre 1994 et 2008. Le départ de près d’un million de personnes réduira, selon un rapport du South African Institute of Race Relations (SAIRR), à 4,5 millions le nombre de « citoyens blancs », qui ne représentent plus que 9 % de la population totale du pays. Principalement constitués de jeunes diplômés et de cadres qualifiés, ces immigrants privilégient le Royaume-Uni, l’Australie et les États-Unis. Pour Frans Cronjé, vice-président du SAIRR, cet exode « signifie que les contribuables blancs ne vont plus contribuer à l’économie que pour les vingt prochaines années […]. Et comme les chiffres du crime ne vont pas décliner rapidement et que la discrimination positive va continuer, davantage de Blancs vont partir ».

D’autre part, l’Affirmative Action a également occasionné un développement conséquent de la paupérisation au sein de la communauté blanche, le taux de chômage ayant doublé entre 1995 et 2005. La fin des emplois jusqu’alors réservés conduit plus de 450 000 Blancs à chuter sous le seuil de pauvreté. Ils se retrouvent parqués dans des « townships blancs » tels que Bethlehem (Pretoria) ou Coronation Park à Krugersdorp, dans la banlieue de Johannesburg.

Un pôle migratoire attractif

De plus, l’abrogation des lois ségrégationnistes ainsi que le fort développement économique ont fait de l’Afrique du Sud un pôle migratoire attractif. Souvent illégale, l’immigration provient surtout des pays voisins tels que le Mozambique, le Zimbabwe ou le Malawi. Si les chiffres officiels notent qu’en 2012 le pays compte 50 millions d’habitants, les clandestins, non répertoriés, pourraient représenter 5 % de la population. L’incertitude quant au nombre précis d’étrangers alimente une solide xénophobie, les immigrés étant accusés d’être responsables du chômage, de la délinquance ou encore du Sida. Dès les années 2000, de graves violations aux Droits de l’Homme sont enregistrées à Lindela, centre de rapatriement des sans-papiers régulièrement surpeuplé et dont les conditions de salubrité et de sécurité ont été dénoncées à plusieurs reprises. Puis, en mai 2008, l’attaque du township d’Alexandra, dans la banlieue de Johannesburg, provoque la mort de deux personnes lors d’affrontements opposant locaux et migrants. La violence s’étend alors dans plusieurs autres townships à l’intérieur du Gauteng comme à Diepsloot, Jeppestown ou encore Hillbrow, pendant qu’à Reiger Park, un homme est immolé par le feu.

Face à ces exactions, le Professeur Kathryn Pillay, maître de conférences à l’université de Durban (School of Sociology & Social Studies), constate que « ces attaques violentes ont été perpétrées contre des Noirs africains par des Noirs sud-africains […]. L’Afrique du Sud contemporaine est passée d’un rejet de l’autre interne à la communauté nationale à un rejet de l’autre figurant en-dehors de cette même communauté : les étrangers. Pour toute une partie du peuple sud-africain, qui n’est que depuis très récemment considéré comme citoyen à part entière, l’ennemi dans la lutte pour l’accès aux ressources et aux services n’est plus l’État blanc de l’apartheid, mais celui qui n’est pas citoyen de la Nation. ».

Par ailleurs, la violence à l’encontre des 40 000 fermiers afrikaners a explosé depuis la fin de l’apartheid. En moins de vingt ans, plus de 8 % d’entre eux* ont été assassinés dans d’abominables conditions. Contrairement au Zimbabwe, où la totalité des propriétaires blancs ont été chassés et peu d’entre eux tués, l’Afrique du Sud se distingue par sa volonté d’élimination de ce groupe. Pour le professeur américain Gregory H. Stanton, chercheur à l’université George-Mason de Fairfax (Virginie), les assassinats enregistrés depuis 1994 peuvent être répertoriés comme des crimes génocidaires par la volonté de déshumaniser les victimes par le viol, la torture, ainsi que par les mises en scène macabres des corps. « Il est troublant de constater que le taux de meurtre au sein des fermiers boers est environ quatre fois plus élevé que dans le reste de la population », constate-t-il.

Cette situation a été particulièrement soulignée lors du meurtre d’Eugène Terreblanche, leader xénophobe et ségrégationniste du Mouvement de résistance afrikaner (AWB), battu à mort par deux employés noirs dans sa ferme de Ventersdorp, au sud de Johannesburg, en avril 2010. Violemment opposé à la démocratie, Eugène Terreblanche dirigeait un groupuscule clamant la suprématie blanche et qui avait adopté un emblème proche de la proche de la croix gammée nazie. Bien que son action politique soit essentiellement caractérisée par les violences racistes, son assassinat devient le symbole de la situation des fermiers boers et ravive les tensions interraciales. Malgré les condamnations de ses meurtriers, des centaines de représentants des deux communautés se défient devant le tribunal, séparées par un important dispositif policier. Tandis que l’AWB crie vengeance et appelle au séparatisme, les sympathisants de l’ANC entonnent de vieux chants révolutionnaires tels que One Boer, one bullet.

Face à cette situation, le silence gouvernemental inquiète et laisse présager d’une nouvelle donne idéologique. En effet, loin des thèses de réconciliation nationale prêchées par Nelson Mandela, le parti au pouvoir voit ses cadres tendre vers une radicalisation significative du message politique.

Radicalisation du discours racial

Dès 2009, Julius Malema, président controversé de la ligue de la jeunesse de l’ANC, réhabilite Dubula ibhunu, chant traditionnel de l’époque où le parti luttait contre l’apartheid et qui appelait à tuer les fermiers afrikaners. Perçue comme une chanson raciste, elle sera déclarée contraire à la Constitution par la justice sud-africaine en mars 2010. Malema refuse de prendre acte du jugement et reprend l’air au début de ses meetings, ce qui lui vaut d’être condamné pour incitation à la haine raciale par le tribunal du Southern Gauteng. Le mois suivant, il s’en prend violemment à un journaliste blanc de la BBC qui l’accuse de jouer un double jeu, faisant référence au fait qu’il réside dans un quartier aisé de Johannesburg. Heurté par ces propos, Julius Malema le qualifie de « bâtard » qui a une « tendance de Blanc […] à attaquer les Noirs ». Enfin, lors d’une visite au Zimbabwe en mai 2010, il annonce que l’ANC « suivra l’exemple » de son voisin septentrional en vue « d’exproprier les fermiers blancs de leurs terres, et ce dès la fin de l’année », saluant la « lutte du peuple africain contre l’impérialisme occidental ».

La radicalisation du discours racial s’opère également parmi les plus illustres dignitaires du parti. En marge d’une soirée littéraire au Cap, en août 2011, l’archevêque anglican et prix Nobel de la paix Desmond Tutu se déclare favorable à une « taxe spéciale » pour les Blancs. « Vous avez tous profité de l’apartheid, vos enfants pouvaient aller à l’école, vous viviez dans des quartiers chics, vous devriez vous-mêmes militer pour cette taxe », déclare t-il alors. L’ancien président de la commission Vérité et réconciliation persiste et demande de « reconnaître l’évidence » avant d’ajouter que « cette taxe pourrait être insignifiante, peut-être 1 % de leurs avoirs en bourse. Ce n’est rien ».

Cette prise de position de la part d’une des consciences morales les plus charismatiques du pays suscite de vives réactions au sein des instances politiques blanches. Ainsi le Freedom Front, parti pro-afrikaner qualifie-t-il ces propos de « racistes et irréfléchis » selon les termes de son porte-parole, Anton Albert. Ce dernier ajoute qu’une taxe sur la fortune ne pouvait pas être liée à la race dans un pays fondé sur l’antiracisme, soulignant que ce sont les Blancs qui ont le plus contribué aux revenus fiscaux. Quant à la Fondation FW de Klerk, du nom de l’ancien Président qui négocia avec Nelson Mandela la transition démocratique, elle rappelle qu’« aussi dévastateur qu’ait pu être l’ancien régime, nous ne pouvons pas continuer indéfiniment à mettre sur le compte du passé tout ce qui va mal en Afrique du Sud. Pas plus que nous ne pouvons accepter la dangereuse idée de culpabilité raciale ». Enfin, lors de la convention de l’ANC, en juin dernier, le Président Zuma a dénoncé la « confiscation du pouvoir économique par les Blancs ». Définissant les bases de réflexion pour l’élection présidentielle de 2014, il a notamment promis une réforme agraire conséquente afin de diminuer la « mainmise blanche » sur les terres arables (près de 80 %).

Autre minorité visée : les métis. En septembre 2011, le porte-parole du gouvernement, Jimmy Manyi, les a enjoints à ne plus se regrouper dans la province du Cap où ils sont très largement établis. Selon lui, ils seraient « en surnombre, en surconcentration » et devraient « se disperser dans le reste du pays », gommant ainsi de fait leur spécificité ethnique. La réponse de Trevor Manuel, ministre des Finances issu des Cape Coloureds, est cinglante : « Je sais maintenant de qui Nelson Mandela parlait quand il disait qu’il avait lutté contre la domination blanche et contre la domination noire. Jimmy, il parlait de combattre des gens comme toi. ».

En dépit de conditions politiques et sécuritaires difficiles, la nation Arc-enciel enregistre pourtant un retour significatif des Blancs, fruit d’une conjonction de facteurs tels que les performances économiques du pays, la crise financière européenne et le mal du pays. Ainsi, entre 2009 et 2011, 170 000 d’entre eux sont-ils rentrés au pays et les perspectives pour 2012 sont, selon le ministère de l’Intérieur, encourageantes.

* Lors de l’assassinat d’Eugène Terreblanche (avril 2010), Martin Plaut, rédacteur au service Monde de la BBC, affirme que plus de 3 000 fermiers blancs ont été tués depuis la fin de l’apartheid (http://news.bbc.co.uk/2/hi/8602347.stm). Un chiffre confirmé par le professeur Gregory H. Stanton, chercheur à l’université George-Mason de Fairfax (Virginie) et auteur de The Eight Stages of Genocide (http://www.genocidewatch.org/southafrica.html).
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Les changements politiques en cours au Moyen-Orient ont quelque peu occulté, aux yeux des médias occidentaux, le choc ressenti par les populations arabes lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a renforcé la volonté politique d’une mutation progressive des énergies fossiles vers les énergies nouvelles.

Le Moyen-Orient s’affirme comme l’une des régions les plus innovantes et volontaires en la matière, notamment dans le golfe Persique.
 
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